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En studio avec Gregori Klosman

MusicRadar s'est glissé dans le nouveau studio parisien du DJ/producteur

Dans une ancienne imprimerie de Saint-Ouen (Paris), le célèbre DJ et producteur Gregori Klosman a installé 8 studios flambant neufs. À l'ouverture de ceux-ci, nous avons eu l'opportunité de visiter le nouveau lieu de création de l'artiste. Le protégé de DJ Chuckie semble franchir une étape importante, appelant les artistes français à rejoindre cet espace pour y faire un lieu de rencontre et de créativité. Gregori, qui a déjà fait ses preuves avec ses remixes pour David Guetta, Lady Gaga, Avicii et autres et ses propres compositions, s'impose aujourd'hui comme l'une des figures principales de l'électro Made In France.

D'où t'est venue l'idée de créer ces studios ?

Cela faisait deux années que je louais un studio à Boulogne et ça me revenait d'ailleurs assez cher. En plus, je n'étais pas très satisfait de l'acoustique. J'avais depuis longtemps cette idée qui me trottait dans la tête d'avoir deux studios, l'un pour créer ma musique et l'autre que je pourrais louer pour couvrir les frais engendrés.

Je me suis renseigné et j'ai vu que les Hollandais étaient les meilleurs pour ce genre de travaux. C'est eux qui ont conçu les studios d'Hardwell, de Bingo Players. Je les ai contactés et ai commencé à chercher un endroit dans Paris et aux alentours.

C'est mon frère qui a trouvé cet endroit. Il y avait 70m2, car à la base je voulais le faire seulement pour moi. Ils m'ont également fait visiter la partie du fond qui fait 160m2 et j'ai eu envie de voir plus grand. J'ai proposé à Antoine Clamaran de se mettre avec moi dans le business. On partage donc à 50/50 l'exploitation de ce studio. Mais je gère tout d'ici, Antoine a pour le moment simplement apporté son aide financière.

L'idée principale était de proposer des endroits pour les DJs, car c'est mon cœur de réseau, afin de créer une synergie entre tous les artistes. Mon rêve est que dans 10 ans l'un des artistes de ces studios devienne vraiment célèbre et dise : "Je viens des studios de Saint-Ouen" !

Les studios que l'on trouve généralement à Paris sont très orientés Rock. Penses-tu que cela soit en train de changer ?

C'est marrant, mais quand tu vas sur des sites spécialisés, il n'y a pas de catégorie dédiée à ce type de musique. Les gens qui m'ont déjà contacté pensaient qu'il s'agissait de studios avec tables SSL et autres. Mais on loue les studios de cette façon, comme ça se fait beaucoup ailleurs.

Et pour revenir sur le changement concernant la façon de faire de la musique, c'est certain. Clairement, que l'on soit DJ ou producteur, ou même si l'on fait de la pop, aujourd'hui chacun utilise son propre ordinateur. Tout simplement, la façon de faire de la musique a changé. La MAO s'est démocratisée à grande échelle. Aujourd'hui, tu as un laptop et Ableton Live, et ça y est, tu es musicien. Il y a une seule chose que l'on ne peut changer, c'est l'acoustique de la pièce, et c'est là le point le plus important.

Lorsque tu composes professionnellement du matin au soir, il te faut un espace isolé. J'ai des amis qui font ça chez eux, ils se font tabasser par leurs voisins !

Quel était ton premier set-up ?

J'avais à l'époque un PC avec Cubase et Reason. Au début, je ne connaissais vraiment rien. J'étais dans l'informatique, dans le multimédia plus exactement, et ça m'ennuyait. À la base, je voulais être réalisateur. J'ai abandonné mes études en quatrième année et j'ai dit à mes parents que je voulais faire ce qui me plaisait et je me suis inscrit à 3IS. J'ai fait les deux premières années de tronc commun où j'ai découvert tous les métiers annexes, ce qui est une force aujourd'hui lorsque je dois parler montage et autres avec mes collaborateurs. En 3ème et 4ème années, je me suis orienté vers le son.

Tu avais déjà sorti des sons ?

Non, je ne faisais que bidouiller. J'avais réalisé quelques sons hip-hop pour des mixtapes. Mais c'est à ce moment que je m'y suis vraiment mis à fond, dans ma chambre de cité U. J'ai rencontré pas mal de monde à ce moment, notamment un mec qui avait son label en Alsace. Déjà à cette époque c'était la guerre pour être signé sur un label, tout le monde se tire dans les pattes de toute façon... Je suis parti là-bas où j'ai été DJ résident et directeur artistique d'un club, et la semaine je produisais dans mon appart. Mes voisins n'étaient pas trop là, donc je pouvais envoyer. Mais quand j'écoute ce que je faisais, je me rends vraiment compte des soucis acoustiques.

Quel était ton matos à cette période ?

Je n'en avais pas tant que ça. J'ai commencé vraiment tard, à 25 ans. En Alsace, j'avais une paire de Genelec avec caisson, un Macbook Pro, une carte son et un clavier. Tout se faisait par VST, car c'est la solution la plus simple. J'ai eu une époque où je jouais sur VirusTI, mais c'était galère. Je suis un gamin du click ! Je suis en train de changer d'avis, car je me dis qu'il y a des trucs sympa actuellement comme le Moog Taurus. Je lis beaucoup les magazines Future Music et Computer Music, ça me donne des idées et ça m'empêche de rester dans ma zone de confort.

Je n'ai pas beaucoup changé de set-up, juste d'enceintes. Autre chose, j'ai aussi découvert au fil du temps l'importance de la carte son. À l'époque, j'avais des cartes son basiques, parce que je ne comprenais pas l'intérêt de bons convertisseurs.

Depuis combien de temps es-tu sur l'Apollo Duo ?

Ça fait seulement trois mois que je suis dessus. Avant j'avais une Saffire PRO Focusrite ; j'entends réellement la différence. Je commence aujourd'hui à me renseigner sur des horloges (World Clock), chez Dangerous notamment. Après, en ai-je vraiment besoin ? Quand je vois Martin Garrix qui compose d'énormes tubes sur Fruity Loops...

Dans ma tête, je voulais plutôt avoir un cadre de travail. Aujourd'hui, j'ai besoin d'aller bosser dans un endroit dédié.

Ton clavier est un M-Audio Keystation 61. Je m'attendais à voir quelque chose de plus grandiose...

Pour ce que je fais, ça me suffit largement. Je vais enregistrer une boucle sur 16 temps, c'est vraiment simple. Ensuite, je quantifie, j'édite... J'ai fait du piano, mais pas au point de jouer un truc totalement incroyable. Je peux faire des trucs sympa, comme la ligne de basse de Funk It par exemple.

Tu dis souvent passer beaucoup de temps à bidouiller, à ajouter des pistes, des sons...

Généralement, je joue pour le fun et quand je pense avoir trouvé quelque chose d'intéressant, j'enregistre. Puis quand ça sonne bien à l'oreille, je ne retouche pas trop. Je ne quantifie alors pas trop pour laisser un son un peu plus naturel.

Composes-tu également tes beats au clavier ?

J'utilise l'Ultrabeat de Logic pour le côté sampler ou je les conçois en faisant du pas à pas. J'aime bien donner un peu de groove, alors je les décale moi-même en avant ou en arrière du temps. Ce sont des petites choses que l'on apprend au fil du temps et qui permettent de rendre les pistes plus vivantes.

Côté séquenceur, tu es donc passé de Cubase à Logic ?

J'ai commencé sur Cubase et je suis ensuite passé sur Ableton. C'est un séquenceur super simple d'utilisation, intuitif. Il m'a permis de me familiariser avec plusieurs fonctions de base, notamment les automations. Grâce à cette simplicité, je me suis alors senti plus créatif, car je n'avais plus besoin de comprendre chaque fonction pour pouvoir composer comme je l'entendais. Cubase était pour moi une usine à gaz, j'étais obligé d'aller voir les tutoriels. Lorsque je suis parti en Alsace, j'ai dû apprendre à me servir de Logic. Je me suis donc acheté un MacBook Pro. Je faisais plein de petits boulots, DJ à Bastille, vendeur d'appareils photo numériques et de TV chez Darty.

Je suis assez geek dans l'âme, alors j'aime bien tout ce qui est raccourcis clavier et c'était un bon moyen de gagner du temps sur mes productions.

Cubase, Logic. Pourquoi pas Ableton ?

Je suis à l'époque passé à Logic, car tous les membres de la Swedish House Mafia, Steve Angello ou Sebastian Ingrosso l'utilisaient. À l'époque, quand ils étaient dans l'underground et pas du tout connus, tu te disais que c'était mortel. Puis à cette période, le moteur audio était beaucoup plus puissant que celui d'Ableton.

Logic a été délaissé. Je suis toujours sur la version 9. Quand tout le monde sera passé en 64-bit, j'y passerai. Là, tout n'est pas compatible avec Maverick. J'ai la hantise d'aller vers la nouveauté lorsque ça ne t'apporte rien.

En ce qui concerne les plug-ins, comment les choisis-tu ? Utilises-tu toujours les mêmes ?

J'utilise pratiquement tout le temps les mêmes. Mais entre potes, on s'échange des infos sur les plug-ins à essayer d'urgence. Ce que je fais aussi désormais, c'est que je télécharge les démos des plug-ins qui sont conseillés dans les magazines de Tech, et ainsi je peux faire un choix. Je suis assez partisan du son qui donne des idées.

À un moment, il fallait que je sorte de ma zone de confort. J'avais l'impression de faire inlassablement les mêmes sons de basse, les même rythmiques, d'utiliser les mêmes synthés...

Comment te fixes-tu des challenges ?

Je ne recrée pas le son qu'un artiste a pu sortir, mais j'essaie de trouver autre chose parce que j'ai besoin de nouveauté.

Vas-tu toujours sur les forums, suis-tu toujours des tutos ?

Quand il y a eu la mode du kick hardstyle et que tu n'en as jamais fait, tu as forcément envie de savoir comment cela est conçu. Quand Skrilex est arrivé avec ces basses, on se demandait tous comment il avait fait ça.

J'adore utiliser un son que tout le monde utilise, mais en le détournant de la façon habituelle de le manier.

Tu utilises d'ailleurs pas mal de plug-ins de Logic directement...

C'est justement parce que personne ne les utilise. Je les mélange avec un CamelPhat pour voir ce que ça donne. C'est pour imposer une signature. J'enregistre les réglages de tranche. Mais je n'aime pas réutiliser les mêmes sons.

Tu redémarres toujours tes nouveaux projets de zéro ?

Oui, pourtant il faudrait que je garde le son qui fait ma signature sonore ; mais je m'ennuie rapidement et j'ai l'impression de passer pour un escroc. J'ai besoin d'avoir une page blanche devant moi. Et j'ai aussi peur que l'on me range dans une seule case, je m'ouvre à d'autres styles. Si je ne fais que de la house, une fois que la mode est passée, ça y est, tu tombes dans l'oubli. Je me mets donc en danger pour aller plus loin artistiquement et pour brouiller les pistes. Je suis DJ et j'ai cette culture où je dois m'adapter à mon public.

Quelle est ton actualité musicale ?

Je viens de terminer plusieurs projets. Il y a pour commencer le morceau Where's My Money? que je viens de sortir sur mon label Guru.

Je viens de terminer un morceau qui s'appelle Thrill, mais je n'ai pas encore cherché de label pour le sortir. J'ai beaucoup été en studio ces derniers temps, seul ou avec d'autres personnes. J'ai sorti Pressure avec Albin Myers et Tristan Garner

J'étais en studio pendant 5 jours avec Lucky Date à San Francisco et début avril avec Tommy Trash à Los Angeles ; ça fait beaucoup de collaborations, mais j'aime bien l'émulation du travail à deux producteurs.

J'ai aussi un projet underground sous un pseudo, qui est plus techno et deep tech.

Ma priorité est de sortir des musiques les unes après les autres. Pas de projets d'albums. Pour le moment, je n'ai que des tracks de club. Et je ferai un album le jour où je ferai des chansons. J'ai d'abord l'envie et le besoin de découvrir d'autres genres musicaux avant de me lancer dans la confection d'un album.

Au fur et à mesure du temps, te sens-tu plus glisser vers la production que le live ?

J'ai des envies nouvelles comme producteur, et ça se ressent aussi sur le live, car je commence à m'ennuyer de ne faire que mixer. J'ai envie d'introduire un peu de live. Quand tu es en club ou en festival, les gens ne se rendent pas compte de ce que tu peux proposer avec des machines, et c'est vraiment dommage.

As-tu des demandes pour composer pour d'autres artistes, chanteur ?

Non pas pour le moment, mais de mon côté, je n'ai pas fait ces démarches. Pourtant, c'est vraiment quelque chose qui me plairait. Notamment dans la musique de film, car j'adore ça que ce soit Hanz Zimmer, John Newman, Danny Elfman. J'aime aussi les musiques des mangas japonais.

J'ai une formation musicale assez simple, mais là j'ai envie de développer mes connaissances en écriture musicale. Je vais reprendre des cours de piano pour m'améliorer. Je trouverais dommage de ne me contenter que de la musique de club.

Te sens-tu bridé par le format actuel de ce type de musique ?

Oui, car le format est devenu tellement mainstream. Malheureusement, si tu veux avoir un impact sur scène, il faut donner du son connu. Tout le monde n'est pas ouvert à la nouveauté. J'ai entendu des discussions hallucinantes lors de festivals.

Comment casses-tu le format imposé ?

Tu peux le faire de différentes manières. En ce moment, au niveau de l'arrangement des morceaux, c'est toujours la même chose. Et d'ailleurs, ce n'est pas très dancefloor friendly. Les gens vont sauter pendant 10 secondes sur le drop puis la pression retombe directement. Avec seulement ce format, on s'ennuie rapidement. Même des mecs comme Avicii, Hardwell, Angelo disent qu'ils en ont marre de ce format en question.

Selon toi, la House meurt-elle ?

On appelle plutôt ça de l'EDM, et c'est devenu un tel business que tout est markété. Tout le monde s'est emparé du son Skrilex pour l'incorporer dans leurs productions. Je pense par exemple aux Black Eyed Peas.

Aujourd'hui, j'ai 30 ans. J'ai envie de retrouver mon public de départ. C'est pour cela que j'ai envie de passer sur d'autres choses. Je n'ai plus de barrière.

On parle souvent de la 'French Touch'. Penses-tu que cela soit toujours d'actualité ?

Aujourd'hui, Gesaffelstein est un bon ambassadeur de la French Touch. La French Touch peut être très dark, mais c'est très assumé musicalement. Un mec comme Madeon est un génie. Moi je n'ai pas de génie : j'ai un peu de talent et beaucoup de travail. Moi qui suis dans le circuit international, je ne suis pas trop reconnu en France par rapport aux Hollandais ou Américains.

Moi ça m'énerve, on n'a pas de place sur les radios. On pourrait carrément passer. Je trouve que ce serait de bon ton de protéger les artistes français, surtout que la musique électronique et instrumentale se démocratise énormément.

Ton studio est-il aussi la façon de montrer qu'il y a une scène qui bouge ?

Ça va peut-être pas se voir tout de suite. Là on est en 2014, et ça va se voir en 2020. Avec le passage d'artistes, c'est sûr qu'il va se passer des choses.

Un peu comme une plateforme d'échange ?

Là, tu as le contact avec les autres artistes. On s'échange des tuyaux. Au bout de quelques temps, certains artistes vont pouvoir émerger. À côté, dans l'un des studios, on a le groupe Carbon Kevlar. Ce sont les mecs qui ont fait la musique de Bref. Il y a Tristan Garner, Tony Romera. En septembre 2015, on va récupérer les locaux adjacents et on pourra faire 4 nouveaux studios.

Quel type de musicien peut venir ici ?

N'importe quel musicien orienté M.A.O. peut venir. On privilégie l'artiste, mais ça peut être un fin technicien, et c'est vrai que ça apporterait quelque chose de nouveau.

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