Gretsch G5034TFT Rancher

Pour le cowboy qui sommeille en vous

Au premier abord, ça paraît être l'idée idéale pour faire une bonne blague aux copains. Mais notre imagination serait-elle capable d'aller aussi loin ?

Un travail sans relâche d'un an et demi a été nécessaire pour la conception d'un système de renfort de la table qui soit assez robuste pour permettre l'utilisation du Bigsby sans que tout le reste s'effondre

Selon Adam Bowden-Smith, le Responsable de Projet Européen de la marque, il s'agirait du "résultat d'une séance de remue-méninges au sein de l'équipe Gretsch" : "C'était vraiment du style 'Hé ! Et si on mettait un Bigsby sur une acoustique ?!'. Pourquoi ? 'Eh bien parce qu'on peut se le permettre !' Seule Gretsch peut s'en tirer à si bon compte." Une affirmation que nous ne contesterons pas.

La gueule de bois commençant à s'estomper au sein de l'équipe technique de Gretsch, elle se met à l'œuvre en se concentrant tout d'abord sur le projet épineux de la conception de base. "L'idée de départ", continue Adam Bowden-Smith, "a été suivie d'une phase de Recherche et Développement qui s'est étalée sur une période d'un an et demi, période qui a été consacrée à un travail sans relâche sur la conception d'un système de renfort de la table qui soit assez robuste pour permettre l'utilisation du Bigsby sans que tout le reste s'effondre !"

C'est du solide

Avec le poids du Bigsby et du micro magnétique en prime, il ne fait aucun doute que la fabrication de cette guitare est d'une solidité à toute épreuve. Avec une flat top standard, nous aurions sans doute réagi autrement, en nous exclamant par exemple : 'Là, trop c'est trop !' Mais nous sommes ici en présence d'un instrument dont le corps est constitué de bois laminé et, en passant la main par la rosace triangulaire, nous découvrons deux barres longitudinales d'une belle épaisseur et des plaques de renfort sous le chevalet et le vibrato. Une incurvation prononcée de la table et du dos en laminé s'ajoute à cette vision architecturale pour en renforcer la structure. Ce n'est évidemment pas d'une acoustique ordinaire dont il s'agit ici…

Cela ne nuit en rien au look superbe de cette dreadnought qui affiche un corps aux lignes ravissantes courant de manière très subtile vers la partie évasée de l'instrument qui, quant à elle, suit un angle plus prononcé. L'ensemble témoigne d'une fabrication soignée ; la finition naturelle appliquée sur le dos, le manche et les éclisses met en valeur les éléments de décoration de la touche. Quant à la finition polyester brillante qui paraît à priori un peu épaisse, notre expérience de la scène nous rappelle de manière très à propos qu'elle peut s'avérer bien pratique à des volumes élevés.

Le Bigsby ne sera pas le seul élément susceptible de froisser les puristes de l'acoustique. En effet, la touche 16 frettes a été sciée pour équiper cet emplacement, situé directement en dessous des notes aigües, d'un humbucker Gretsch Fideli'Tron. Adam Bowden-Smith ajoute : "À l'origine, le Fideli'Tron a été conçu tout spécialement pour les guitares Rancher. 'Fideli' fait clairement allusion à la clarté et à la réponse claire inhérentes à ce système qui produit une saturation minimale (une puissance de sortie relativement basse) adaptée aux guitares acoustiques. Il vous faudra bien évidemment opter ici pour des cordes en nickel ou en acier."

Sur le plan esthétique, l'effet est parfait mais, tout comme le Bigsby, ce système n'est pas dépourvu de problèmes. "Nous avons également mis au point une chambre sur mesure qui renferme le micro Fideli'Tron", ajoute Adam Bowden-Smith. Sous la rosace, un petit boîtier en bois abrite effectivement le micro, "le séparant de fait du reste de la guitare pour minimiser les problèmes potentiels de larsen."

Quant à la panoplie de contrôles, elle se limite à un seul potentiomètre de volume estampillé du célèbre G stylisé de Gretsch.

Côté Son et Sensations

C'est pour le musicien plus créatif et expérimental que ce choix de guitare électrique à bas volume prend tout son sens

Le confort de jeu de cette guitare ne représente certes pas un souci : le manche au feeling très électrique n'est pas vraiment imposant, les petites frettes apportent une sensation plutôt vintage et, bien que le chevalet en métal massif paraisse de taille considérable, une fois accordée, l'équilibre du Bigsby (à tendance grinçante) se révèle loin d'être minable. Cela ne surprendra personne, la prise en main de cette guitare rappelle de très près la Gretsch électrique.

La projection acoustique, qui tend plus à imiter une hollow body thinline qu'une dreadnought Martin qui a du coffre, est limitée, sa tonalité évoquant plus une archop acoustique de fabrication robuste, ou même une hollow body Gretsch acoustique, qu'une flat top acoustique de bonne qualité. Le jeu assis est dominé par le poids du corps et de son accastillage qui impacte un peu sur son équilibre (pas autant, cependant, qu'un résonateur en métal, mais bon, cette expérience sera certes différente de celle que vous avez sans doute déjà vécue avec une dreadnought standard).

Soyons honnêtes ! Ce n'est pas pour pouvoir plonger dans l'interprétation de vos chansons introspectives sur l'amour perdu que vous irez acheter cette guitare. Cette gratte est vraiment un objet de frime ; elle a besoin de se faire entendre, et de se faire entendre fort, besoin d'être branchée et portée en bandoulière (oui, elle comporte deux boutons attache-courroie de type Gretsch, pour vous servir)… mais pas sans votre costume à paillettes, hein ?

Bon, un peu de sérieux, nous allons maintenant parler technique. Nous avons donc débuté le test de la Gretsch G5030TFT Rancher en la branchant sur un combo Peavey Delta Blues équipé de son haut-parleur 15 pouces et réglé à bas volume. Les tonalités claires produisent un son profond, assez sombre, qui vous incitera à régler les basses de votre ampli.

Pour être honnêtes, c'est avec notre béret à la Daniel Lanois et en branchant la Rancher sur notre combo style Fender, avec plein de tremolo, de delay et de réverbe à l'appui que nous nous sommes le plus éclatés

La position du micro ajoutera bien sûr plus de basses qu'une archtop standard. Comparée à une vieille Epiphone Emperor pourvue d'un P-90 Bare Knuckle de taille humbucker en position manche, la Rancher sonne encore plus 'jazzy'. Équipée d'un seul potentiomètre de volume et sans aucun autre microphone, la Rancher se centre autour d'un son unique qui privilégie les basses profondes et les aigüs bien ronds. Ce n'est pas, vous l'aurez compris, une électro-acoustique moderne et énergisante.

Branchée sur une petite table de mixage via un pedalboard acoustique et une égalisation quatre-bandes, cette guitare a certes plus à offrir : réduisez les basses, épurez les bas médiums et ajoutez hauts médiums et aigüs, et vous voilà en territoire magnétique ! Mais, pour être honnêtes, c'est avec notre béret à la Daniel Lanois et en branchant la Rancher sur notre combo style Fender, avec plein de tremolo, de delay et de réverbe à l'appui que nous nous sommes le plus éclatés. Nous avons créé un son style années 60 altéré, d'une beauté hautement douloureuse, qui ne rechigne pas à un peu d'action Bigsby et qui se révèle parfait pour la superposition de sons et les sonorités d'ambiance : The Edge serait preneur.

Soyons pragmatiques maintenant et intéressons-nous à la sortie jack : n'est-ce pas un peu dommage qu'elle ait été vissée directement sur l'éclisse laminée plutôt que sur une plaque de métal ? Méfiez-vous, cet écrou de serrage, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire par le passé, se dévisse facilement et risque de passer au travers de la guitare au moment où vous brancherez votre instrument. Ce n'est certes pas l'idéal à l'approche imminente de votre heure de gloire.

Verdict

Une fois que vous serez revenus de votre surprise et que vous aurez arrêté d'en rire, vous finirez sans doute par adorer cette guitare

Une fois que vous serez revenus de votre surprise et que vous aurez arrêté d'en rire, vous finirez sans doute par adorer cette guitare. Pour beaucoup, ce sera une question de look mais aussi l'idée d'être l'heureux et admiré propriétaire d'une 'acoustique' avec vibrato. Si la vérité doit être dite, le côté acoustique de cette guitare en est plutôt compromis avec des sonorités unplugged de style hollow body thinline.

Même branchée, elle produit un son imposant et sombre de type simple bobinage qui requiert une égalisation externe pour obtenir un résultat sonore se rapprochant péniblement du style micro rosace magnétique old school. Mais c'est pour le musicien plus créatif et expérimental que ce choix de guitare électrique à bas volume prend tout son sens (surtout avec une bonne dose d'effets d'ambiance en prime). Une version rétro et Lo-Fi de l'hybride électro-acoustique ? Absolument !

MusicRadar Note

4 / 5 Etoiles
On aime

Fabrication, sons et look (pour certains), concept

On regrette

Réservée aux musiciens n'ayant pas peur d'expérimenter. Le son une fois branchée mérite de toucher à l'égalisation

Verdict

Une guitare 'acoustique' au look surprenant dont le côté hybride est convaincant pour les musiciens aventureux

Politique En Matière De Test
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