Pourquoi les plug-ins ne sont-ils pas tous en 64-bit ?

Nous avons posé la question aux développeurs de FXpansion et u-he

La production musicale est déjà assez complexe ; avoir à gérer des problèmes de compatibilité informatique en prime est un terrible fardeau. Pourtant, on ne peut que difficilement y échapper.

Les performances de certaines applications ont récemment été améliorées avec la mise à jour Apple vers iOS 7. En mettant votre système d'exploitation à jour, vous constaterez que votre configuration n'en est que meilleure, mais vous risquez au passage de rencontrer de nouveaux problèmes.

L'un des plus grands bouleversements dans le monde de l'informatique ces dernières années a été le passage à 64-bit. Les processeurs et les systèmes d'exploitation acceptent tous désormais cette vitesse de calcul, et la plupart des séquenceurs s'y sont également mis. Les dernières versions de Cubase, Sonar et Live sont compatibles 64-bit, mais sont toujours disponibles en 32-bit.

Cependant, si l'on prend Pro Tools 11 et Logic Pro X, le 64-bit est le seul format utilisé. Certains utilisateurs ont donc eu la mauvaise surprise de s'apercevoir que leurs plug-ins 32-bit ne fonctionnaient plus dans leur séquenceur flambant neuf.

Le 64-bit existe depuis un moment maintenant, mais pourquoi tous les effets et instruments ne sont-ils pas disponibles dans ce format ? Dans un avenir proche, il est certain que les séquenceurs n'accepteront plus que le 64-bit, en abandonnant le 32-bit. Les développeurs devront-ils alors suivre le pas ?

Une nette amélioration

Bien évidemment, vous pouvez toujours vous interroger sur la nécessité de se tourner vers le 64-bit. Adepte de la M.A.O. (Musique Assistée par Ordinateur), quels sont les avantages de ce format ? "Le principal intérêt du 64-bit est que l'application utilisée peut utiliser une plus grande capacité de mémoire," nous dit Urs Heckmann, développeur de plug-ins. "Avec le 32-bit, l'application est limitée à 2GB de RAM, alors qu'avec le 64-bit on peut même parler de téracotets, voire au-delà.

"Ceux qui en tirent le plus profit sont les vendeurs de hardware dont les clients se voient contraints d'acheter de nouvelles machines s'ils désirent mettre leur vieux système 32-bit à jour." Urs Heckmann, u-he

"De plus, les processeurs Intel 64-bit ont plus d'espace de stockage. Cela signifie qu'en principe, tous les programmes peuvent fonctionner plus rapidement. D'un autre côté, le code de chacun des programmes est plus complexe. La rapidité d'un plug-in est donc à analyser au cas par cas.

Angus Hewlett de la marque FXpansion ajoute : "Avec des processeurs x86, le traitement des données en 64-bit est plus clair, ce qui a pour incidence d'améliorer chaque processus audio (10 à 20%)."

Ces bénéfices seront sûrement apparents avec un séquenceur 64-bit, mais le cynique Urs Heckmann pense que les utilisateurs ne sont pas les grands gagnants de cette histoire. "Si je peux me permettre, ceux qui en tirent le plus profit sont les vendeurs de hardware dont les clients se voient contraints d'acheter de nouvelles machines s'ils désirent mettre leur vieux système 32-bit à jour." note-t-il d'un air désabusé.

L'heure du changement

Créer une version 64-bit d'un plug-in 32-bit implique inévitablement un certain travail de conversion. Est-ce difficile à réaliser ? "Ça dépend," nous dit Angus Hewlett. "Il y a d'autres paramètres qui varient à ce passage en 64-bit (les graphismes/la programmation de l'interface sur OS X ont légèrement changé et la plupart des compilateurs ont arrêté d'utiliser le code compilé), alors si l'on se base énormément sur ces points, ou sur les drivers, c'est un travail plus fastidieux. Pour créer un petit plug-in, ça peut ne prendre qu'une après-midi, mais le passer en 64-bit, le tester, débugger un plug-in plus important peut prendre plusieurs mois."

Urs Heckmann nous informe que la conversion d'un plug-in OS X est plus compliquée que celle d'un même plug-in sous Windows : "Le portage en 64-bit sous Mac signifie que l'on doit passer de l'interface Carbon à la toute nouvelle Cocoa. Cela s'avère particulièrement pénible pour les développeurs VST/AU qui utilisent leur propre librairie graphique. À l'époque du passage de Mac OS 9 vers Mac OS X, Carbon avait été intégré au système d'exploitation pour faciliter la transition. Avec l'utilisation de Cocoa, il faut désormais que chaque développeur comprenne un minimum le langage Objective-C, alors que la plupart de ceux-ci utilisent C et C++. Cette transition ne se fera pas sans peine."

"Un développeur doit d'abord peser le pour et le contre pour savoir si le temps passé et les efforts consacrés au passage du 32 au 64-bit en valent vraiment la peine."

Il est certain que la nouvelle n'est pas plaisante, mais beaucoup de développeurs en ont eu vent lorsque le passage au 64-bit s'est ajouté à leur to-do list. Pourquoi certains programmeurs n'ont-ils donc pas franchi le cap ?

"Il peut y avoir plusieurs raisons," explique Angus Hewlett. "Le code est trop ancien et n'a pas été mis à jour ; le plug-in ne se vend pas assez et il n'est pas rentable de le maintenir à niveau ; il a été conçu par un employé qui ne travaille plus pour la société ! Il se peut également que le code ait été écrit avec un framework qui n'est plus mis à jour ou qui se base sur des applications tierces. Ajoutons à cela que beaucoup des petits développeurs indépendants font ça à mi-temps ou simplement comme loisir, ou qu'ils prennent un contrat par-ci par-là pour mieux boucler les fins de mois."

Le 32-bit est-il mort ?

Par conséquent, un développeur doit d'abord peser le pour et le contre pour savoir si le temps passé et les efforts consacrés au passage du 32 au 64-bit en valent vraiment la peine. Mais avons-nous aujourd'hui atteint ce stade où les développeurs de séquenceurs devraient pouvoir laisser tomber le 32-bit sans aucune arrière-pensée ? Apple a-t-il eu raison de ne supporter que les plug-ins 64-bit dans Logic Pro X ?

"Oui probablement. Simplement parce que la prise en charge du 32-bit en 64-bit a une tendance à causer de la latence et des problèmes de performance générale. Les codes 64-bit et 32-bit ne peuvent cohabiter dans le même espace de travail. Le système se base donc sur un flux de communication inter-processus," explique Angus Hewlett. "Apple a mis la barre très haut en termes de performance du logiciel et de sensations éprouvées par l'utilisateur. Les plateformes Bridge sont un moyen détourné d'utiliser les plug-ins 32-bit, mais ne fonctionnent pas dans chaque cas, surtout pour les vieux plug-ins qui ont tendance à ne pas tourner sur Mac OS X. En conséquence, et bien que tout ne soit pas parfait, c'était peut-être le bon moment pour faire le grand saut, pour que les marques se mettent toutes à proposer du 64-bit. Tout le monde n'a pas obligatoirement à passer sous Logic X."

Des solutions pour les musiciens qui souhaitent utiliser leurs plug-ins 32-bit ont déjà commencé à naître, avec le 32 Lives de Sound Radix se détachant notamment du lot. Mais pour la plupart des utilisateurs de Logic X, ce n'est qu'une question de temps en attendant que tous les plug-ins deviennent compatibles.

"Le fait de proposer encore et toujours des plug-ins 32-bit ne représente pas une énorme charge de travail." Angus Hewlett, FXpansion

Pour ceux qui utilisent toujours des systèmes 32-bit, ni Angus Hewlett ni Urs Heckmann ne pensent que les développeurs les abandonneront de sitôt.

"Les fabricants de plug-ins doivent s'attendre à répondre à la demande des vendeurs de séquenceurs et des utilisateurs", nous dit Angus Hewlett. "Logic et Pro Tools ne sont désormais disponibles qu'en 64-bit, et la plupart des autres marques risquent très probablement de laisser tomber le 32-bit. La vraie question est combien de temps faudra-t-il pour que tout le monde installe un séquenceur 64-bit ? Le fait de proposer encore et toujours des plug-ins 32-bit ne représente pas une énorme charge de travail (du moins tant que nos outils de développement, les systèmes d'exploitation, etc, fonctionnent de la même façon). De ce fait, à moins que 80% ou plus des utilisateurs se mettent à n'utiliser que le format 64-bit, personne n'a l'intention d'abandonner le 32-bit."

Urs Heckmann entrevoit un avenir plus certain encore pour le 32-bit, disant qu' "il faudra plusieurs années" avant que ce format ne soit plus utilisable. "Il nous arrive encore parfois de recevoir des requêtes pour des versions PowerPC. Elles ne sont pourtant plus produites depuis 6 ou 7 ans maintenant ! Les hôtes 32-bit feront encore partie du décor quelques années. Je dirais qu'il lui reste encore 10 ans à vivre."


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