Pourquoi les minis synthés sont-ils si populaires ?

Du Volca de Korg aux applications iOS, nous avons voulu comprendre pourquoi ces petits synthés sont devenus si populaires

Il fût un temps où les aficionados de la M.A.O. ne juraient que par les grosses machines. Aujourd'hui, ils s'intéressent davantage au matériel miniaturisé.

Les ordinateurs Mac et PC sont de plus en plus petits et l'on parle plus de la taille de l'écran, mais l'on cherche à savoir si la surface est tactile ou non; et les contrôleurs qui se vendent comme des petits pains sont ceux que l'on peut glisser dans un sac à dos.

Les synthétiseurs n'ont pas échappé à la miniaturisation. Que ce soit sur tablette/smartphone ou en version hardware, les synthés sont soudainement passés en format poche.

Korg a créé la surprise dans les grands salons de musique depuis l'arrivée dans leur catalogue en 2010 des synthés analogiques de poche. Et la belle histoire continue avec la nouvelle série Volca, une gamme d'instruments dont la taille ne dépasse pas celle d'une pinte de bière !

Au même moment, le marché des synthés pour système iOS a lui aussi explosé. Même la marque fidèle à l'analogique Moog a franchi le cap en proposant son Animoog en application smartphone/tablette plutôt qu'en version plug-in VST. Pourquoi ces petits appareils connaissent-ils donc un si grand succès ?

Peter Kirn est co-créateur (aux côtés de James Grahame) du MeeBlip- un synthétiseur numérique programmable et abordable que l'on peut transporter partout. Il nous raconte ce qui l'a poussé à le créer.

"Que ce soit sur tablette/smartphone ou en version hardware, les synthés sont soudainement passés en format poche."

"Nous voulions construire et partager un outil que nous désirions nous-mêmes: un instrument qui se joue, avec de vrais boutons, mais un instrument qui puisse offrir des sons bien particuliers en restant dans le format classique des synthés monophoniques. Nous aimons l'esthétique et les sons des premiers synthés analogiques et de leurs homologues numériques. Nous voulions qu'il soit disponible en open source afin que les utilisateurs puissent modifier le programme pour créer leur propre modèle."

Meeblip se

Quelle est la raison d'un tel engouement autour de ces synthés comme le MeeBlip ? "Je pense que les instruments les plus populaires, qu'ils soient électroniques ou pas, sont simples à utiliser, jouables et ne sont pas trop chers" nous dit Kirn. "Clairement, le prix et la taille doivent être petits. C'est génial que ces synthés puissent être joués par tous les amoureux de sons, qu'ils soient propriétaires d'un gros studio ou au contraire, qu'ils aient un budget sérré."

Les classiques reprennent vie

La prise en main facile et le faible tarif de ces produits sont les deux facteurs clés qui se cachent derrière cet essor du mini synthé à l'image du Stylophone, un instrument analogique très simple (et certainement le premier mini synthé) inventé par Brian Jarvis en 1967.

En 2003, Ben le fils de Brian, lui donne une deuxième jeunesse. Il vient d'annoncer la sortie du tout nouveau Stylophone, the S2, qui devrait être disponible dès cette année. Affichant un prix de 350€, soit un tarif bien plus élevé que son prédécesseur et que d'autres minis synthés par la même occasion. Jarvis est-il conscient qu'avec un tel tarif il se met directement hors course ?

"Notre designer en chef a établi un très bon parallèle pour expliquer cette réaction : c'est comme si 'McDonalds ouvrait un restaurant étoilé au Michelin' Il faudra du temps pour que les gens le considèrent comme un véritable instrument. Le S2 possède un clavier PCB et voit le logo Stylophone apposé dessus. Ce sont les seules ressemblances avec l'ancien modèle. C'est un synthé robuste, taillé dans un châssis métallique de très bonne qualité et fabriqué à la main en Angleterre. Il possède les mêmes fonctionnalités que des synthés qui valent trois à quatre fois son prix."

Il semblerait donc que le marché du mini synthé soit en phase d'évolution. Alors que nous nous contentions il y a quelques années d'un simple Korg Monotron aux fonctionnalités quelque peu limitées, ou d'une application qui permettait de sortir deux ou trois sons, nous demandons aujourd'hui à ces derniers d'être aussi puissants que les autres instruments du marché. Avec le recul, nous nous apercevons que Korg tâtait le terrain à l'époque de son premier mini synthé analogique; face au succès, la marque a donc sorti d'autres produits dans le style (le monotribe et les Volcas).

Au même moment, et c'est significatif du marché, Korg a commencé à développer des applications iPad peu coûteuses et truffées de fonctionnalités. C'est le cas du iMS-20 et du iPolysix, par exemple. On se demande si la firme japonaise n'espérait alors pas attirer quelques clients dans ses filets pour les faire passer sur leurs modèles hardware.

"Alors que nous nous contentions il y a quelques années d'un simple Korg Monotron aux fonctionnalités quelque peu limitées [...] nous demandons aujourd'hui à ces derniers d'être aussi puissants que les autres instruments du marché"

Le développement de ces applications pour smartphone a t'il favorisé l'expansion du marché du mini synthé hardware plutôt que de le concurrencer ? Ben Jarvis nous avoue que la révolution engendrée par le marché de l'application a fortement influencé la conception du S2.

"Quand nous avons commencé à travaillé sur le nouveau modèle de Stylophone en 2003 et lui avons donné le nom de 'S2', l'idée était de proposer un synthé de poche à écran digital. Le marché des applications a totalement changé la donne ces 10 dernières années. Personne n'est prêt à dépenser une centaine d'euros dans un produit alors qu'une application peut faire la même chose sur leur iPad ou iPhone pour 5€.

Nous avons donc porté notre attention sur tout ce qui à fait du Stylophone des années 70 un incontournable du genre. Il y a d'abord ses sonorités uniques, la façon de le jouer, mais aussi le fait qu'il soit fabriqué en Angleterre et qu'il n'ait pas à rougir face à d'autres instruments plus évolués."

Le marché des minis synthés au format harware est intimement lié à la demande des utilisateurs lassés de jouer avec des potentiomètres virtuels. Mais il faut souligner que sans ces applications, peu de personnes auraient connaissance de certains synthés. Peter Kirn pense qu'il y a donc de la place pour les deux versions sur le marché."

"Je pense que les produits numériques pour tablette et le hardware sont complémentaires" nous dit-il. "L'image d'un potentiomètre sur un écran tactile n'équivaut en rien à la sensation procurée par un vrai potentiomètre. De même, pour profiter au mieux des superbes nouvelles techniques de synthèse et de la manière de les contrôler, il faut passer par un ordinateur. C'est pour cette raison que se développent les contrôleurs pour smartphone et tablette.

La demande des utilisateurs est un excellent témoin que ces outils sont un très bon moyen de s'amuser. Évidemment, l'iPad devient un parfait séquenceur MIDI pour un produit comme le MeeBlip. Je l'utilise ainsi."

Un petit monde

On ne sait pas si ces minis synthés, qu'ils soient en version logiciel ou en hardware, seront toujours là dans un futur proche. On ne sait pas trop comment les utiliser pleinement aujourd'hui d'où ces doutes. Il est clair que l'on peut s'amuser à bidouiller avec ces minis synthés, mais faut-il vraiment qu'ils puissent être utilisés dans un contexte plus professionnel ?

"Le S2 est parfait pour une utilisation en home-studio voire dans un petit studio. Nous savons que la plupart des personnes l'utiliseront comme source pour générer des sons" nous explique Ben Jarvis. "Nous avons tout de même tâché de faire en sorte qu'il soit portable pour le live; d'ailleurs, les meilleurs retours que nous ayons obtenus viennent de musiciens qui l'utilisent de cette façon."

Stylophone s2

"La décision de ne pas utiliser la norme MIDI mais le CV relève de l'aspect pratique plutôt qu'autre chose. Cet instrument est destiné à être directement jouable et le fait d'ajouter le MIDI, même si ça aurait été simple techniquement, aurait été trop compliqué à gérer à partir d'une si petite machine."

"Ça m'étonne toujours de voir à quel point il est important pour les utilisateurs que chaque module puisse être combiné avec un autre appareil. Même les utilisateurs moins expérimentés s'en soucient" nous dit Peter Kirn. "C'est peut-être parce que lorsque l'on compose, on ne cesse d'établir des connexions entre les choses."

"Bien sûr, chaque appareil possède ses propres spécificités. Pour nous concepteurs, il faut toujours garder en tête que nos produits sont amenés à évoluer pour livrer au musicien le son qu'il désire. Cela passe donc par le MIDI ou la customisation des composants. Les musiciens essaient par tous moyens de créer leurs propres instruments afin de couvrir leurs propres besoins en termes de sonorités."

C'est en effet le cas. Nous voulons tous avoir à disposition notre propre mini synthé pour créer un son personnel. Ce qui est certain est que peu importe la plateforme, ces instruments sont amusants à jouer, nous permettent d'ouvrir nos horizons musicaux et enrichissent nos pérégrinations artistiques.

Cet article est issu du numéro 191 de Computer Music magazine.


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