Pourquoi existe-t-il autant de plug-ins dédiés au mixage ?

Des compresseurs, égaliseurs et réverbes pleuvent de partout. Sont-ils de plus en plus performants ?

À vrai dire, vous devez vous demander pourquoi le marché des plug-ins est aussi important. La plupart des séquenceurs possèdent pourtant une offre complète de compresseurs, d'égaliseurs et de réverbes. Mais il semble que cela ne suffise pas à la majorité des musiciens qui composent sur ordinateur.

Nous sommes quasiment tous à la recherche d'un nouvel effet ou deux qui pourraient améliorer la qualité de nos chansons, et les développeurs sont heureux de pouvoir nous les créer. En effet, certaines marques semblent bien profiter de ce marché en présentant sans cesse de nouveaux égaliseurs et compresseurs. Mais, cet éternel renouvellement continuera-t-il encore longtemps ou avons-nous au contraire atteint le point de non-retour de cette commercialisation intensive ? Les musiciens sont-ils encore demandeurs de plug-ins ? Ceux-ci peuvent-ils être encore plus performants ?

Au-delà des standards

Commençons par répondre à la question la plus évidente : pourquoi les musiciens sont-ils toujours à la recherche de nouveaux plug-ins de mixage alors qu'ils en possèdent déjà dans leur séquenceur ? Dave Gamble est la tête pensante de DMGAudio, entreprise qui a sorti plusieurs égaliseurs et outils de dynamique de grande qualité. Pour lui, il faut simplement rester concentré sur un seul objectif.

"Les plug-ins actuels ne sont que des versions des racks 19" d'époque," nous dit-il. "Un plug-in fourni dans un séquenceur doit être simple et efficace, comme si l'on avait une table de mixage entre les mains. Ce n'est certes pas la solution à tous les problèmes, mais ces derniers offrent déjà beaucoup de possibilités. Après, les plug-ins externes vont plus loin dans l'approche sonore."

Mateusz Wozniak de PSP Audioware, une autre marque qui s'est distinguée dans la production de plug-ins, confirme que les produits développés par les compagnies tierces offrent des caractéristiques que les grands noms de séquenceur peuvent fournir.

"Les plug-ins externes peuvent fournir d'autres caractéristiques sonores et des interfaces graphiques plus ludiques. Ils peuvent également imiter le vieux matos analogique pour ses sons et la facilité d'usage qu'on lui connait."

Wozniak pense aussi que ceux qui créent des plug-ins de mixage dédiés sont plus audacieux. "Les plug-ins sont souvent, ou du moins devraient être conçus en gardant en tête la qualité des processus avec le moins de ressources mémoires utilisées", dit-il.

"Les plug-ins externes peuvent fournir d'autres caractéristiques sonores et des interfaces graphiques plus ludiques. Ils peuvent également imiter le vieux matos analogique pour ses sons et la facilité d'usage qu'on lui connait." Mateusz Wozniak, PSP Audioware

Si l'on accepte le fait que les plug-ins créés par les marques externes ont un but bien défini, on se retrouve toujours avec le même problème : il en existe des centaines et le choix est très difficile à faire. Comment les marques rivalisent-elles d'ingéniosité pour produire le plug-in qui se détachera du lot ?

"Nous sommes une petite équipe avec beaucoup d'expérience dans l'industrie musicale," nous explique Dave Gamble. "Nous savons exactement ce dont ont besoin les ingénieurs du son et connaissons leurs manières de travailler. Nous pouvons donc adapter nos interfaces suivant les méthodes utilisées par ces professionnels. D'un autre côté, nous appuyons beaucoup la recherche et développement, ce qui nous permet aujourd'hui d'arriver à des résultats et des techniques uniques dans l'industrie musicale."

Pour Mateusz Wozniak, c'est la qualité qui doit primer : "On ne peut pas se permettre de produire des plug-ins de qualité moyenne," nous dit-il. "Outre la qualité de nos algorithmes, nos clients savent que nos plug-ins sont souvent mis à jour afin de suivre l'évolution de leurs propres configurations."

Un air de déjà-vu

On peut comprendre que les développeurs essaient toujours d'améliorer leurs produits, mais beaucoup de personnes ne comprennent pas pourquoi toutes les marques s'obstinent toujours à imiter les mêmes machines vintage. Les dernières modifications apportées à chacun des produits offrent-elles de meilleures sonorités que leurs précédentes versions ?

"Je pense qu'au départ, certaines émulations n'étaient pas forcément réussies et que leur force principale était qu'elles éclairaient différemment l'interface de la console de mixage," estime Mateusz Wozniak. "Aujourd'hui, certaines émulations fonctionnent bien, mais elles nécessitent encore des améliorations. Au final, ce qui importe le plus n'est pas de savoir si le plug-in est véritablement fidèle au matériel qu'il copie, car plusieurs versions existent, mais plutôt de savoir si la qualité audio est au rendez-vous."

Dave Gamble comprend pourquoi certains développeurs et leurs clients veulent revenir aux fondamentaux de la musique, mais il pointe du doigt le fait que ces produits doivent servir d'outils et ne sont pas une finalité en eux-mêmes.

"Plusieurs émulations ont passé les tests ABX et pourtant, dès cette étape, n'imitaient pas à la perfection le matériel hardware," nous dit-il. "Il y a quelque chose d'attirant dans le processus de conservation et d'archivage du vieux matos; les unités qui se retrouvent modélisées sont celles qui ont su obtenir une certaine réputation au fil des ans. Il y a toujours beaucoup à apprendre de ces produits. Ceci dit, il faut faire attention à ne pas trop être ancré dans le passé. Notre métier est aussi de proposer des outils plus performants; en imitant les classiques, nous n'aiguisons nos qualités que dans un domaine."

La planche à dessin

Quelle démarche suivent alors les développeurs dans la conception d'un nouveau plug-in ? Ils veulent évidemment apporter quelque chose de nouveau sur le marché. Mais se concertent-ils pour imaginer le meilleur compresseur au monde par exemple ou acceptent-ils le fait qu'il y aura certainement des compromis à réaliser à cause de leur niveau de connaissance, leurs ressources et la puissance de processus qu'ils ont à leurs dispositions ?

"Développer un algorithme et une interface graphique dépend de nos connaissances à un moment donné et de notre expérience musicale," nous explique Wozniak. "On essaie toujours d'améliorer ces deux points à chaque nouvelle conception."

"À certains moments, on regarde si notre algorithme peut fonctionner en temps réel. Dans certains de nos derniers projets, nous sommes arrivés à un tel niveau de complexité que la plupart des mémoires d'ordinateur n'auraient pas suivies. Au final, on a réussi à optimiser nos performances sans perdre en qualité sonore."

"Je ne pense pas que les améliorations des traitements audio pourront un jour s'arrêter." Dave Gamble, DMGAudio

Dave Gamble nous liste certaines raisons derrière le développement d'un nouveau plug-in : le processus de conception peut découler de recherches particulières, d'études sur un concept en interaction avec les utilisateurs ou simplement pour corriger un problème connu. Grâce à ces échanges, on arrive à cerner la demande de manière plus précise ('un EQ qui ne serait contrôlé qu'avec des bargraphes' ou un 'processeur dynamique qui pourrait remplacer tous les autres', etc).

"L'un des avantages à être une petite équipe est qu'il est possible de prendre plus de temps dans le développement pour proposer un produit dont nous serons fiers et qui répondra à nos attentes. Au lieu d'essayer de créer un nouveau processeur, nous décidons du résultat final et de la façon dont on veut qu'il fonctionne et nous l'optimisons pour qu'il puisse tourner sur les processeurs déjà existants sur le marché."

Si les deux développeurs nous parlent d'optimisation, c'est qu'il y a toujours des compromis à faire avant la sortie définitive du produit. Cela voudrait-il dire que ce marché déjà florissant continuera de s'étendre et que les prochaines sorties seront encore plus fidèles dans leurs reproductions sonores ?

"Nous devons toujours nous limiter," admet Wozniak. "Par exemple, nous enregistrons toujours à un faible taux d'échantillonnage alors que nous devrions le faire avec un fort taux. Dans certains domaines de nos algorithmes, la charge CPU est un élément clé, ce qui nous oblige à jongler entre qualité et possibilités d'utilisation. Certains algorithmes sont difficiles à mettre en place si l'on garde en tête ce qui est aujourd'hui offert sur le marché en termes de ressources processeur."

Pouvons-nous conclure que le meilleur reste encore à venir ? C'est l'avis de Dave Gamble : "Je ne pense pas que les améliorations de traitements audio pourront un jour s'arrêter. À cet égard, les logiciels ont désormais surpassé le matériel hardware. Dans les prochaines années, il risque d'y avoir encore de très grands changements."

Il ne reste donc plus qu'à attendre de voir ce qui se passera, car dans le mixage, la révolution du plug-in ne vient juste que de commencer...

Retrouvez cet article dans le magazine Computer Music n°194 (article en anglais).

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