Madeon : le prodige de l'électro house

Le jeune producteur nous parle de FL studio, de techniques de mix et de son

Hugo Pierre Leclercq, alias Madeon, est l'un des producteurs et remixers les plus appréciés du moment en musique électronique. Lorsque nos collègues de Computer Music ont réalisé cette interview avec le jeune prodige français, il fut rapide à poser ses règles...

"Allez-vous m'interroger sur Lady Gaga ?" nous a-t-il demandé en référence à sa collaboration avec la déesse de la pop multi-disques de platine. En toute honnêteté, nous sommes davantage intéressés par FL Studio, Ableton et la découpe de samples. "Vous voulez dire que vous voulez parler de musique ? " (rires) Ça c'est fantastique !"

Une fois les règles du jeu établies, Madeon s'est alors lancé dans une discussion de deux heures à bâtons rompus, revenant sur les moments les plus marquants de sa courte mais riche carrière. Il est alors revenu sur sa victoire au concours organisé par Pendulum pour son remix de Blur, son travail en tant que producteur pour Ellie Goulding ou encore sur les 20 millions de vues obtenues pour son mashup live sur YouTube : Pop Culture.

Bien des choses ont été dites sur le concours de remix organisé par Pendulum. Comment t'y es-tu pris pour remixer The Island ?

"Si ce qui vous intéresse est le côté matos, je l'ai réalisé avec à peu près la même configuration que celle sur laquelle je travaille aujourd'hui. Un PC Windows, FL Studio, un ensemble de plug-ins, un clavier Akai MPK49 et des enceintes M-AUdio BX8A Deluxe. Je suis un grand fan de Pendulum et des productions de Rob Swire, j'ai entendu parler du concours et je me suis dit, 'Voilà un test !' J'avais 16 ans, et je voulais savoir si j'avais vraiment les capacités de faire de la bonne musique.

J'ai peut-être passé 50 heures dessus, je l'ai uploadé sur le site et j'ai attendu. Apparemment, un autre remix avait été choisi pour être gagnant, mais Rob a écouté tout ce qui avait été envoyé et aimait vraiment le mien. Malheureusement je n'avais pas 18 ans, et j'avais donc enfreint les règles du concours. C'est là que Rob a dit : 'Rien à foutre !' C'est ma musique et mon concours, alors ce mec sera le gagnant'.

D'un coup, les offres de remix se sont mises à pleuvoir. Des gens venaient frapper à la porte de mes parents et me disaient : 'On veut te proposer un contrat.' C'était une époque assez folle, mais j'avais cette attitude d'enfant, assez naïve sur les choses. J'ai senti que ma musique était assez bonne et que tout se passerait bien.

Écoutez le remix de The Island de Pendulum par Madeon

Tu t'amuses et bidouilles avec des séquenceurs et des plug-ins depuis que tu as 11 ans. Comment se fait-il que tu n'aies pas végété en jouant à Halo comme tous les jeunes de ton âge ?

En fait j'ai fait ça aussi. J'ai créé quelques jeux, fait un peu de programmation, mais quand j'ai écouté Daft Punk pour la première fois, quelque chose d'étrange s'est passé. Avec du rock basique ou de la pop, je pouvais comprendre comment les morceaux étaient créés. Je pouvais regarder la guitare et la batterie et me dire : 'Ok, c'est comme ça que ça a été composé.' Mais quand j'ai écouté les vocoders et les bruits tout droit sortis de l'espace de Daft Punk, je suis devenu curieux. Je voulais absolument savoir comment ces mecs avaient sorti ces sons complètement fous.

La première étape a été de me procurer des logiciels d'édition audio basiques. Je n'avais aucune idée de la manière d'utiliser des boîtes à rythmes ou des synthés. Alors, je me suis enregistré en train de faire des rythmes sur la table de la salle à manger de ma mère et à en faire des boucles de batterie ! Ces enregistrements sont vraiment horribles, mais je les aime car ils représentent mes premiers moyens d'expression dans le monde de la musique électronique.

Après ça, je me suis jeté dans la musique et j'ai essayé tous les différents séquenceurs possibles. J'ai tenté de travailler sous Cubase, Reason et FL Studio...et j'ai au final choisi FL Studio parce qu'il possède d'excellentes démos !

Aujourd'hui tu es un peu perçu comme un évangéliste de FL Studio...

C'est vrai. Je dis à tout le monde qu'il faut acheter FL Studio, même aux gens qui ne font pas de musique ! Je pense que c'est le logiciel le plus incroyable au monde. Vous connaissez le type qui a développé ça ? Gol [Didier Dambrin] est un dingue, un génie extrêmement créatif. C'est un malade dans le bon sens du terme ! Il s'est enfermé seul quelque part en Belgique et a codé la plupart des graphismes et des plug-ins de FL.

Les synthés de FL, des trucs comme le Harmless et le Harmor, sont aussi bons que ce qui se fait de mieux sur le marché. La puissance de l'édition audio est juste hallucinante. Je ne suis pas un fan des ordinateurs Windows, mais je les utilise parce que je bosse sur FL Studio.

FL 11 est encore plus puissant. L'un des morceaux sur lesquels je bossais nécessitait 150 pistes, alors j'ai appelé FL et je leur ai dit :'Eh les mecs, j'aurais besoin de plus de pistes, s'il vous plait'.

"J'ai eu beaucoup de mal avec le mastering et le mixage à une époque, puis un jour j'ai compris : il ne s'agit pas d'avoir un million de plug-ins, ce qui importe est juste d'entendre ce qui cloche sur une piste."

On présume qu'avec ce niveau de complexité, certains morceaux peuvent prendre un bout de temps avant d'être terminés ?

Vous plaisantez ? Certains prennent 150 heures, d'autres 200 heures, oui, vraiment beaucoup de temps en effet ! Beaucoup de pistes sont composées de ghost notes. Ce sont des notes traitées avec des effets, mais vous n'entendez pas vraiment la note réelle. Tout ce que vous entendez c'est la note traitée. Un kick de batterie peut être splitté sur trois pistes différentes, avec un traitement différent pour chacune d'entre elles. Je peux parfois faire 5 versions d'une piste avant de n'en choisir qu'une seule deux semaines plus tard.

Tu décris ta production du morceau Finale comme 'Le mur du son de Madeon'. Tu peux nous en dire plus ?

Oui, il y a beaucoup de choses à dire sur ce morceau et notamment l'une des leçons les plus importantes que j'ai apprises ces deux dernières années : tu n'as jamais qu'un espace limité pour chaque son. Si tu as une chanson compliquée, tu dois t'intéresser à tous ces petits interstices complexes entre les autres sons et les utiliser.

Mais en même temps, il est important de prendre en compte le mix général et d'essayer de comprendre quels sont les sons qui fonctionnent ensemble. Si tu as des cordes et des pads qui jouent les mêmes accords, tu n'as pas vraiment besoin de les dissocier. Ils peuvent être traités ensemble.

Il y a des moments dans Finale où il y a un pad, des cordes, des infra basses, des basses saturées, des guitares, un choeur et un piano qui jouent en même temps. C'est impossible d'accorder un espace dédié à chaque élément. Alors, je sidechain certains instruments en utilisant l'automation (programmation de changements de réglages qui interviennent pendant la lecture du morceau, ndj), le tout sans compresseur. C'est important pour les rendre plus discrets dans le mix lorsqu'ils n'ont pas besoin d'être en avant. Si la partie piano la plus importante est sur le contre-temps, c'est tout ce que les gens ont besoin d'entendre.

Quels plug-ins utilises-tu ?

Ceux qui comptent vraiment pour moi sont le compresseur dynamique Oxford que j'ai toujours utilisé et Guitar Rig. Ces deux-là ont été utilisés sur énormément de morceaux à moi, c'en est même presque ridicule ! L'égaliseur de FL Studio est partout aussi et Maximus est l'un des outils de mastering les plus faciles que j'ai eu l'occasion d'utiliser.

J'ai eu beaucoup de mal avec le mastering et le mixing à une époque, puis un jour j'ai compris : il ne s'agit pas d'avoir un million de plug-ins, ce qui importe est juste d'entendre ce qui cloche sur une piste. Et je présume que ça vient avec l'expérience. Au début, tu fais quelques erreurs et éventuellement tu commences à entendre lorsqu'une piste déconne. Résoudre le problème est souvent simple, tu fais passer ton son par un égaliseur, tu le compresses un peu...Pas de magie, pas de secrets !

"Je n'ai jamais été un grand fan de l'analogique, et si je veux un son analogique, je peux l'obtenir avec un plug-in"

Tu as mentionné les synthés de FL. As-tu ajouté d'autres instruments tiers ?

Oui, je sais que j'ai une tendance à tout le temps dire à quel point FL Studio est formidable, mais c'est la vérité ! Poizone, Harmless, Harmor, Sytrus, ce sont tous d'excellents synthés. Mais je ne suis pas limité à FL Studio. J'utilise Komplete 9. J'utilise aussi Sylenth 1, FabFilter Twin et le DIVA de la marque u-he.

Rien d'analogique donc ?

Pour quoi faire ? Je n'ai jamais été un grand fan de l'analogique, et si je veux un son analogique, je peux l'obtenir avec un plug-in. DIVA est très utile pour ça.

Les fans d'analogique te contrediront...

Oui mais ce n'est pas un problème d'avoir des différences d'opinions. Je pense qu'ils me contrediront dans certains cas. Mais je pense honnêtement que la dispute en vaut la peine ! Personnellement, je ne serai jamais prêt à faire de compromis sur la flexibilité et le côté pratique des systèmes numériques.

Je pense aussi que c'est quelque chose dont on parlera de plus en plus au fur et à mesure que des nouvelles générations de producteurs commenceront à faire de la musique. Comment incorporer de l'analogique au workflow de demain ? Est-ce que les sons analogiques restent pertinents ou est-ce qu'une émulation numérique les rend caduques ?

Cet article a été publié dans sa version originale dans le numéro 192 de Computer Music.

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