Troy van Leeuwen et Mikey Shuman des Queens of the Stone Age sortent du gouffre

Conversation avec Troy et Mickey ...Like Clockwork, Dave Grohl et les festivals

"Si nous n'avions pas fait profil bas pour nous mettre au travail alors nous serions encore en studio" nous dit Troy van Leeuwen, guitariste des Queens of the Stone Age. "Ou nous nous en serions enfuis."

Troy soupire en nous disant cela, presque en grinçant des dents. Mais il esquisse ensuite un sourire nerveux qui dément toutes les rumeurs de split du groupe lancées au moment de l'enregistrement de leur nouvel album Like Clockwork.

À quelques heures de leur excellent concert donné au Download Festival, nous sommes avec Troy et Mikey Shuman (basse) qui semblent être en très grande forme. Ils ont l'air très détendus, à des années-lumière de toutes les tensions auxquelles ils ont dû faire face après la sortie d'Era Vulgaris en 2007.

Josh Homme a failli mourir (son coeur s'est arrêté au cours d'une opération bénigne du genou qui a mal tourné). L'imposant leader du groupe s'est ensuite plongé dans une introspection jusqu'à la dépression qui bien faillit mener à l'implosion des QOTSA. Oh, et il devait également s'assurer de donner à son pote batteur Joey Castillo un motif de licenciement...

Ainsi, les sessions d'enregistrement de Like Clockwork n'ont pas vraiment été une simple promenade de santé. Tous ces détails ont fait que cet album est aujourd'hui un chef d'oeuvre impressionnant. Voici comment est né cet album qui résume parfaitement toute la carrière du groupe, du désespoir au retour de leur signature sonore. Troy et Mikey nous racontent tout...

Commençons par parler matos. Aviez-vous une liste d'équipement définie avant l'enregistrement de Like Clockwork?

Troy: "En ce qui concerne la guitare, je n'arrêtais pas de jouer sur une Jazzmaster '65. On peut l'entendre sur plusieurs titres. Je l'ai branchée dans l'AC30 que j'utilise régulièrement. J'ai adoré cette configuration bien que nous avions à disposition énormément de matos. Il y avait des amplis Peavey, des vieux Fender. Tout ce qui nous tombe sous la main, on l'utilise. Sur cet album, on retrouve pas mal de nouveautés, des choses plus vintage, beaucoup de Telecaster et plusieurs synthés dont le Moog Phatty dont on a abusé."

Mikey: "C'est un lieu commun de dire ça, mais chaque chanson nécessite un traitement différent. C'est vraiment ce que j'aime avec ce disque. Personne n'a dit : "c'est mon son, j'ai besoin de ci et ça". L'idée était de trouver ce qui allait le mieux coller à l'ambiance de la chanson. Je pense qu'au final, nous avons utilisé plus de petits amplis et il y a quelques petits secrets d'enregistrement à connaître avec ce type d'ampli. Lorsqu'il nous fallait un gros son, nous montions le volume du SVT d'Ampeg. J'ai aussi retrouvé le goût du jeu sur la P-Bass. Lorsque j'étais gamin, je n'ai jamais voulu jouer sur ce modèle pour me différencier des autres bassistes qui jouaient déjà tous dessus. J'ai compris qu'ils le faisaient parce que c'est un instrument incroyable. J'en suis retombé amoureux !"

Troy: "J'ai entendu une histoire comme quoi Gibson avait, dans les années 50, demandé à Les Paul de créer une basse pour la marque. Un jour, il est arrivé au bureau avec une P-Bass de Fender à la main en disant : "copiez-la". Tout ça pour dire que cette basse se rapproche de la quasi-perfection."

Troy, en ce qui concerne les pédales d'effet, il semble que tu aies un pedalboard bien fourni...

Troy: "J'ai posté une photo de mon pedalboard dans le studio sur mon compte Instagram. En fait, j'ai dû en faire deux, car il est trop grand. Il y a plusieurs pédales provenant de nouvelles marques que j'utilise comme le Dispatch Master de la marque Earthquaker Devices. C'est une sorte de pédale de réverbe/delay. Il y a aussi Fuzzrocious qui produit des pédales de fuzz que nous utilisons. J'aime aussi les pédales Way Huge. Je connais George qui crée tous les modèles. En fait, comme je l'ai dit, on joue sur tout ce qui nous tombe sous la main. On ne cesse d'expérimenter."

Côté son, as-tu toujours en tête ce son robotique et saccadé typique des Queens lorsque tu composes ?

Troy: "Tout dépend du titre.La Jazzmaster au travers du Vox semblait bien fonctionner parce qu'elle avait son propre espace sonore. Nous sommes aujourd'hui trois guitaristes dans le groupe, alors on ne peut pas tous avoir le gros son. Le son de Josh lui a toujours été propre, alors Dean [Fertita, guitare] et moi devons apporter un son plus ambiance ou un joli son un peu plus sec. À chaque chanson, on trouve la bonne combinaison."

Mikey sait se faire entendre en concert (credit: Gonzales Photo/Demotix/Corbis)

Le fait d'être trois guitaristes crée-t-il une sorte de compétition ? Chacun d'entre vous a-t-il un rôle précis ou gérez-vous cela suivant la chanson ?

Troy: "Il y a un peu des deux. Notre philosophie est de garder la meilleure idée. On fait donc beaucoup d'essais et d'erreurs pour trouver ce qui sonnera le mieux. Parfois, il peut y avoir une certaine compétition pour trouver le bon riff, mais parfois, tu as simplement une idée que tu proposes. C'est aussi l'une des raisons pour laquelle nous mettons énormément de temps à enregistrer. Nous cherchons toujours ce qu'il y a de mieux."

À un moment, Josh a mentionné le fait que la tournée suivant la ressortie de votre premier album avait grandement influencé vos nouvelles compositions. Était-ce le cas lors des sessions d'enregistrement ?

Troy: "Au moment de cette tournée, nous avons dû revenir dans le passé et retravailler nos anciennes compos. Cet album est tellement simple avec peu d'instruments que lorsque nous le jouions en live, nous n'avions besoin que d'une guitare. Josh s'en chargeait et Dean et moi jouions des percussions ou du synthé. Nous avons juste fait attention à la façon dont cet album avait été enregistré et réalisé à quel point il était simple et puissant. Cela a certainement influencé notre travail au départ, mais le résultat final est bien loin de cela."

Les problèmes de Josh et le départ de Joey ont été beaucoup relayés dans la presse. Était-ce un album difficile à réaliser dans cette atmosphère ?

Troy: "Il n'y avait pas de moment propice pour enregistrer. Il fallait que l'on se lance au lieu d'attendre que tout aille mieux. Nous attendions un signe peut-être. En fait, il nous fallait seulement découvrir que nous étions dans un trou noir et ensuite trouver la solution pour nous en sortir."

Travailliez-vous sur de nouvelles compositions tout au long de cette période ?

Troy: "Nous travaillons continuellement sur de nouvelles choses et expérimentons beaucoup, peu importe le projet auquel cela est destiné. Là, nous devions nous serrer les coudes et que tout le monde soit totalement impliqué pour les Queens. Cette éthique de travail nous a permis d'arriver à ce résultat. Si nous n'avions pas fait profil bas pour nous mettre au travail, alors nous serions encore dans le studio. Ou nous nous en serions enfuis."

Mikey, en temps que bassiste, est-ce difficile de jouer avec trois batteurs différents ?

Mikey: "Je ne dirais pas que c'est difficile. C'est une excitante opportunité de pouvoir jouer avec différentes personnes. Et c'est aussi une autre source d'inspiration. J'ai le sentiment de jouer différemment à chaque fois. Une ligne de basse jouée avec Joey ne sonne pas de la même façon lorsque c'est Dave [Grohl] qui passe derrière les fûts. Je l'ai jouée différemment parce que le batteur t'apporte de nouvelles choses; le groove qu'il joue t'influence directement. Ce n'est pas pour nous lancer des fleurs, mais nous sommes un peu des vétérans de nos instruments respectifs et nous connaissons parfaitement notre jeu désormais. Ce n'est donc pas un problème de jouer avec quelqu'un d'autre. Ça prend plus de temps pour se mettre en place, mais on est tous potes et c'est un honneur de jouer avec ces batteurs."

Dave vous a-t-il aidé à finaliser le projet ?

Troy: "Dave est comme le meilleur ami qu'il faut avoir. Il nous a aidés après le départ de Joey. Il bossait quatre à cinq heures avec nous puis repartait bosser sur la postproduction de son film Sound City. Nous avions déjà quelques chansons bien avancées et il les a écoutées. Il a rapidement compris l'idée de l'ambiance que l'on voulait donner à l'album et il a parfois ajouté sa touche personnelle. C'est tellement agréable d'avoir à ses côtés un si bon batteur qui joue simplement une chanson."

Mikey: "On s'écoute tous et on prête attention à tous les détails d'une chanson. Dave a aussi effectué ce travail avec nous, il a écouté ce que nous attendions de lui et il a respecté cela."

Troy: "Évidemment, il arrivait parfois qu'il propose quelques trucs. Certains fonctionnaient, d'autres non et on lui disait alors "Hey, il ne faut pas s'éloigner de l'esprit de la chanson". C'est bien d'avoir quelqu'un qui comprend vraiment un morceau."

Queens Of The Stone Age - My God Is The Sun

Il y a d'autres collaborations sur cet album comme Elton John, Jake Shears, Alex Turner et bien d'autres. Vos titres étaient-ils déjà maquettés avant leurs venus où vous ont-ils aidé à les finaliser ?

Troy: "On voit cela comme une sorte d'invitation pour que nous puissions sortir de notre zone de confort et à l'inverse que ces invités puissent eux aussi sortir de la leur; on se retrouve quelque part au milieu. Tout le monde l'a compris ainsi. Ils font partie du gang, ce sont des membres d'honneur du groupe désormais. C'est carrément cool d'entendre Jake Shears chanter si méchamment. Ça déchire. On a joué avec beaucoup de personnes, on a invité pas mal de monde. Ce fut à chaque fois une excellente expérience."

Était-ce également bénéfique de réintégrer Mark Lanegan et Nick Oliveri?

Troy: "Mark a toujours été avec nous, vraiment. Il est sur tous les albums depuis Rated R. En ce qui concerne Nick, c'est un peu le hasard. Il travaillait sur son album solo qu'il enregistrait dans notre studio. Il nous a demandé : "Hey, vous n'avez pas besoin de chœurs ?" Nous en avions besoin à ce moment-là alors il a posé quelques lignes. C'était bien de l'avoir à nos côtés."

Avez-vous déjà en vue d'autres artistes avec lesquels vous pourriez collaborer?

Troy: "Je ne veux pas porter la poisse! Il y a tellement de personnes avec qui j'aimerais collaborer. Mais je préfère le garder pour nous du coup."

Comment sont nés ces nouveaux titres ? Travailliez-vous sur des démos chacun de votre côté ou ces chansons sont-elles nées de sessions jam ?

Troy: "Quelques chansons viennent de Josh, d'autres de Mickey et moi, et d'autres de la magie du studio."

Mikey: "Nous étions au studio tous les jours ! En fait, il n'y a aucune règle précise, la plupart des chansons viennent de démos."
Troy: "Nous avons rapidement décidé que nous allions faire un album où la voix aurait la place principale. Il fallait composer en faisant attention à respecter cela. C'est pour cela que cet album est différent. D'habitude, les voix sont mixées dans la musique, mais ici, la voix de Josh et ses paroles sont au premier plan."

Josh est aussi un excellent batteur. Est-il déjà arrivé avec un titre complètement terminé ?

Troy: "Je dirais qu'il savait parfaitement ce qu'il voulait pour les batteries. Mais souvent, il ne peut pas forcément rejouer ce qu'il a en tête. Mais dès qu'il y a un batteur dans le studio, il est très vigilant sur ce qui est joué."

Smooth Sailing sort vraiment du lot et possède vraiment la touche Queens. D'où vient ce riff ?

Troy: "Cette chanson est excellente et plaisante à jouer en live. Nous avions commencé à la travailler sur au tout début des enregistrements, mais elle n'a été terminée qu'à la fin. C'était un thème sur lequel nous revenions souvent et nous savions que c'était la chanson qui allait nous permettre de sortir de ce chaos. Ce fut en effet le cas. Josh avait ce riff en stock depuis longtemps. Nous avions un rythme de batterie programmé au départ, puis nous avons ensuite ajouté une vraie batterie. Nous avons ajouté quelques samples, effectué des coupes. Le groove était en place et Dave a juste rejoué par dessus. Elle sonne presque hip-hop."

Vous allez tourner un peu partout en Europe en fin d'année. Attendez-vous avec impatience la prochaine saison des festivals pour jouer cet album ?

Troy: "Il nous est parfois difficile de jouer en festival. On veut jouer la setlist qu'on veut et il arrive que le public ne connaisse pas d'autres titres que les singles. Il faut alors réfléchir à ce qui est bénéfique ou non. On aime programmer nos propres concerts pour avoir la liberté de faire nos propres choix."

Parfois, les choses peuvent mal tourner durant les festivals…

Troy: "Nous avons presque tous été victimes d'intoxication alimentaire en Norvège alors que nous devions nous produire dans un festival. Josh et Joey étaient sous intraveineuse juste avant le concert et il flottait comme pas possible. Quelqu'un a balancé une chaussure sur Mikey et il y a eu quelques mots d'échangés."

Mikey: "Ouais, Josh n'a pas trop apprécié."

Troy: "J'étais pas trop mal en point, mais je n'arrêtais pas de glisser et de tomber. Ça a été un concert assez difficile."

Avez-vous quelques surprises en stock pour cette tournée?

Mikey: "Je ne serais pas surpris de jouer notre nouveau disque en entier."

Troy: "On a vraiment hâte de pouvoir le jouer en entier. On change toujours la configuration du set, jamais un concert ne se ressemble. Il arrive même que l'on change radicalement en plein concert ! Rien n'est figé. Il y a une setlist certes, mais on prête attention à ce que nous dit le public : "Jouez ce titre !'"

Mikey: "Ça arrive régulièrement."

Quel matos allez-vous emporter pour le live ?

Troy: "Je reprendrai mes AC30 et plusieurs Jazzmaster. J'ai beaucoup de matos Fender au final. Je crois que je prendrai aussi une Les Paul. Puis il y a les guitares Echo Park d'une entreprise que nous venons de découvrir. Elles sont vraiment géniales. Le mec qui les fabrique m'a produit un modèle en seulement 12 jours. C'est un monstre incroyable. Tous les guitaristes du groupe en ont au moins une."

Like Clockwork est déjà disponible. Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site officiel des Queens Of The Stone Age.

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