Nothing More, le cocktail explosif

Est-il le "next big thing" du rock ?

Certains signes ne trompent pas. Lors de notre première écoute de Nothing More que nous avions choisi de placer en playlist il y a quelques semaines, nous avons su que ce groupe du Texas avait quelque chose de spécial. Nous ne pouvions pas refuser l'invitation lancée à les voir en live pour leur premier concert en France dans la salle du Nouveau Casino de Paris.

L'énergie rock, la puissance des mélodies nous ont pris aux tripes. Il fallait que l'on rencontre Paul OBrien (batterie), Jonny Hawkins (chant), Mark Vollelunga (guitare) et Daniel Oliver (basse) pour comprendre comment ce phénomène en était arrivé à ce stade. Voilà déjà plusieurs années que le groupe fait crier son public aux États-Unis, c'est au tour de l'Europe d'avoir sa dose d'amphétamine musicale.

Sur Internet, les commentaires positifs et négatifs au sujet du groupe vont bon train. Comment analysez-vous ces avis ?

Jonny : Oui, il y a toujours des personnes qui se mettent à détester tel ou tel groupe comme ça en laissant des commentaires très durs sur YouTube et autres. On a d'un autre côté de bonnes critiques. Avoir les deux est très important pour nous et ça nous fait avancer.

Dan (Basse) : Après, ceux qui critiquent devraient se mettre à notre place et prouver qu'ils peuvent mieux faire dans ce cas !

Dans le format, vous êtes à la fois rock et à la fois métal. Comment imposez-vous votre style dans le paysage déjà très fourni actuellement ?

Mark : On nous pose souvent la question de nos influences. Je pense que le temps nous a permis de façonner un son qui nous est propre, et cela a pris quelques années pour en arriver là. Plus le temps passe, et plus je suis confiant sur l'identité du groupe. Ce dernier album est à l'image de Nothing More, on y est.

Quelles ont alors été les étapes pour en arriver à ce son ?

Chaque groupe a toujours des musiciens qui aiment d'autres styles. Nous avons appris à nous restreindre dans les mélanges sonores pour éviter les fautes de goût.

Jonny : Je voudrais juste ajouter qu'il y a eu des étapes de construction et de déconstruction. Et le groupe doit être intelligent dans sa façon de tout mettre à plat. Pour rejoindre Mark, tous les groupes copient au départ d'une manière ou d'une autre les artistes qui leur ont été influents. Ensuite, plus tu deviens bon musicien et plus tu es alors capable de proposer quelque chose qui t'est propre. Lorsque l'on joue en groupe, il faut se dire "que ne faut-il surtout pas faire" plutôt que "que doit-on faire". De vivre dans un microcosme tous ensemble lors de nos tournées nous rapproche, on est comme un plat qui mijote de longues heures dans un espace réduit.

Lors de l'enregistrement, vous êtes-vous restreint pour conserver cette entité sonore ?

Au contraire, on a fait l'inverse, on absorbe tout comme des éponges et on récupère ce qui est bon

Dan : Sur cet album, on a beaucoup exploré au final. On a passé du temps à l'écrire, non pas que l'on ait été bloqué, mais parce qu'on savait où il fallait atterrir en tant que groupe

En analysant votre musique, on entend que la mélodie est la facette prépondérante du son Nothing More, plus que la puissance générée...

Mark : Tu as totalement raison et surtout de dire que la mélodie, ce n'est pas que la voix qui doit la gérer. On a appris à placer les instruments pour donner plus d'impact à chaque titre, appris à placer des fills de batterie, un solo de guitare. Les voix prennent place dans un tout.

Jonny : Le plus important est de communiquer une émotion, raconter une histoire. On effectue un peu le travail d'un réalisateur dans le cinéma, en coupant ce qui ne marche pas pour ne garder que l'essentiel. On écoute notre propre musique en essayant d'avoir une oreille critique. En plus de s'améliorer comme musiciens, nous nous sommes améliorés dans la production.

Avez-vous utilisé les techniques studio pour donner plus de couleur à l'ensemble ?

Batteur : On a fait énormément de tracking (enregistrement de plusieurs pistes durant la session, ndj), on utilise ça pour avoir le choix dans les parties à insérer dans la chanson. Le but n'est pas d'avoir un musicien qui brille plus que les autres

Jonny : Avoir plusieurs prises nous permet aussi d'y revenir quelques jours ou semaines plus tard avec des idées plus fraîches. Une autre technique que nous avons expérimenté est l'écoute dans différentes configurations : écouter son travail au réveil, lorsqu'on est très fatigué, saoul... Les sensations sont différentes et tu reçois l'information sous un autre angle.

Le dernier point est d'avoir des personnes de confiance à nos côtés, pour croire à leurs opinions. Ce sont eux qui peuvent donner de bons conseils. Aucun artiste n'est complètement objectif. Nous avons Will Hoffman l'un de nos managers, Paco Estrada et Scott Stevens qui forment le conseil de spécialiste dont nous avons besoin. Ils n'avaient pas toujours raison, on s'est battu pour faire valoir nos idées parfois.

Vous êtes vous aussi impliqués dans le mixage de l'album ?

Mark : Jonny a beaucoup travail. This Is The Time (Ballast) est passé dans les mains de 6 ou 7 producteurs. Entre temps, Jonny a sur mettre ses talents dans ce domaine au profit de ce titre. Tous les autres membres du groupe lui ont donc fait confiance. Will [Hoffman] est également intervenu dans le travail de production.

Lors de l'écriture de l'album, avez-vous imaginé chaque titre s'imbriquant dans un ensemble ou comme différents instantanés de vie que vous racontez en plusieurs histoires ?

Jonny : Une à la fois. Mais en enregistrant, et en analysant notre travail, on s'est rendu compte que l'on pouvait placer chaque titre dans une période de notre vie, comme dans l'Histoire avec l'Âge de fer, l'Âge du Bronze, la révolution industrielle... Pour nous, chaque titre agit un peu comme ça, et c'est donc à la fin que le concept de l'album est survenu, l'imagerie derrière aussi.

© Jody Domingue

On ressent une ambiance atmosphérique, presque prog rock

Mark : Le but de cet album, est comme tu le dis, presque prog dans le sens où nous avons des moments de relâche très aériens et des parties très compliquées techniquement comme le pont de This Is The Time. Je ne pensais jamais que cette partie se serait finalement trouvée sur l'album.

C'est aussi le cas sur Surface Flames avec un peu de dubstep et un solo avec le E-bow. Même si l'on retrouve tout cela dans nos chanson, il y a toujours un fil conducteur qui ramène au son Nothing More.

Est-ce difficile de se séparer de ces parties dont on est fier ?

Dan : Parfois, ça fait mal au coeur. On se dit : "merde, j'adorais jouer ça".

Paul : Ils m'ont enlevé tellement de parties à la double pédale (rires)

Vous vous vengez en live ?

Dan : Oui, ça arrive. On se laisse quand même plus de liberté sur scène. On a écrit un instrumental qui ne figure pas sur l'album mais que l'on joue tous ensemble en live.

Jonny : On fait un show avec la basse sur scène. Elle est attachée à un support, on la fait tourner pour créer des sons bizarres et on joue à trois dessus. C'est un bon moment du show et généralement ça embarque encore plus le public. J'ai aussi un kit de batterie customisé sur lequel je monte et je joue pour appuyer encore plus les rythmiques.


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