Les autres couleurs du Blues de Joe Bonamassa

Joe Bonamassa a-t-il encore tant de choses à livrer ?

C'est un Joe Bonamassa détendu, changé qui nous accueille pour l'interview. On le sent fier de présenter son nouvel album Different Kind Of Blue. Pour la première fois dans sa discographie, le bluesman n'a intégré que ses propres compositions. Devenu en quelques années la figure incontournable du style, il ne cesse pourtant pas d'innover et de chercher à aller toujours plus loin. D'un autre côté, Joe garde son côté enfant dont les yeux s'écarquillent à la vue d'une guitare.

Sur le titre Living On The Moon, on entend une Strat, non ?

Je suis d'accord avec ce que tes oreilles entendent, mais il s'agit en en fait d'une Les Paul de 1954 avec des P90. J'ai utilisé le micro manche, ce qui fait qu'elle sonne quasiment comme une Strat. Cette guitare était branchée dans un Fender Deluxe Brown de 1962 et une réverbe.

L'autre shuffle, I Gave Up Everything For You 'Cept The Blues, est cependant joué avec une Strat. Elle est de 1956. J'avais pour celle-ci utilisé deux hi-power Twin de Fender, l'un de 1958 et l'autre de 1959.

En composant ces chansons, avais-tu en tête le fait de créer un blues traditionnel que tout le monde peut jouer ?

Je suis connu pour un certain type de son, surtout avec la Les Paul. Je voulais obtenir pour celui-ci un son plus traditionnel, vintage. C'est pour cette raison que je ne suis pas allé vers mes Marshall ou Dumble. Ils serviront pour le live.

En tout cas, à l'écoute, ça sent la jam à plein nez...

Pour moi, pour que les titres sonnent bien, il ne faut pas qu'ils soient parfaits. Sinon, ça en devient ennuyeux. Et c'est là que Kevin Shirley (le producteur, ndj) est très bon. Avec lui, ça marche à la première ou à la deuxième prise, c'est tout. La troisième peut être plus parfaite, mais elle n'a pas la même intensité que les deux autres.

Tu as enregistré les guitares à part ou en live avec les autres musiciens ?

Tout a été fait à part. Comme pour la voix. Dans le studio, j'ai un micro qui sert de guide pour les autres musiciens. Mais comme tous les instruments sont repiqués dans ce micro, on ne peut pas utiliser ces prises.

Joe Bonamassa, un amoureux des guitares et qui le fait savoir !

© Rick Gould

Pourquoi as-tu choisi de jouer un instrumental comme intro ?

Il y a deux raisons. La première est qu'il s'agit d'un titre de Jimi Hendrix : Hey Baby. On savait qu'on allait enregistrer un album avec seulement des compos, alors pourquoi intégrer une reprise d'Hendrix ? C'est un titre qui donne le ton général de l'ensemble de l'album. Notre version n'était pas très propre et j'ai dû batailler pour essayer de retrouver le feeling hendrixien. J'ai réussi à m'en rapprocher, mais c'est difficile de jouer comme lui. Tout est dans le timing. Et c'est une Strat qu'on entend !

Sur cet album, tous les aspects de ton jeu de la balade aux sonorités plus rock et crades sont présents...

D'où le titre de l'album ! Si tu prends Trouble Town, j'ai ce son typique, car j'utilise une Les Paul. Ce qui veut dire que le matériel dicte le son que tu auras.

Sur le titre Different Shades Of Blue, on entend un son que l'on ne connaissait pas pourtant, presque à la Gary Moore et Eric Johnson.

J'ai joué du Eric Johnson pendant des années, j'en suis fou. Never Give All Your Heart For Love, j'ai joué le solo sur une Les Paul de 59 branchée dans le canal réverbe d'un Bluesbreaker. Les sons façon Eric Johnson que j'arrive à obtenir viennent de l'ampli Marshall Jubilee et de deux Dumble. Je suis fans des amplis en studio. J'en ai 20 !

Cet album n'est pas que blues. On entend de la pop, du rock. Avais-tu peur d'être trop catalogué en ne jouant que du blues pur et dur ?

J'ai toujours essayé de donner à mes blues d'autres textures. Si tu prends la tournée que j'avais faite en Angleterre pour le Tour de Force, j'ai changé mes set-lists, passant du blues au rock. Sur l'album, c'est aussi comme ça que j'ai procédé.

Avant de commencer l'album, savais-tu que tu allais aller dans cette direction ?

Lorsque j'écris, même avec mes co-auteurs, on s'envoie des tonnes de fichiers. J'avais facilement 45 chansons et il a fallu faire un choix. Il s'est vraiment fait à la fin de ma dernière tournée. C'est là que j'ai écrit How Beautiful avec James. J'avais le riff et il avait l'idée du couplet. J'ai fredonné la mélodie et il a réussi à trouver les bons mots. Une fois cette chanson enregistrée en démo, on savait qu'elle allait faire le liant avec toutes les autres.

Cette chanson est-elle un hommage aux premiers blues ?

C'est un peu un gospel. J'adore ce type de chanson un peu obsessive avec un seul couplet. Puis sur ce titre, venant de nulle part, ça se transforme en un morceau hyper puissant. Le solo, je m'en souviens, a été fait en une seule prise et toute la chanson en trois prises : deux avec une Les Paul et l'autre avec une Telecaster. Kevin m'a dit que je jouais de bons plans, mais trop typiques de ce que j'avais déjà pu faire. J'étais donc un peu dans l'embarras, merci Kevin (rires) ! J'ai donc pris cette Tele de 53 et j'ai de suite su qu'il allait préférer cette version, même s'il y avait des passages excellents sur les autres...

Kevin t'a-t-il permis d'aller plus loin dans ta démarche artistique ?

Tout le monde a ses automatismes, comme un réglage par défaut. C'est aussi son job à Kevin de m'éloigner le plus possible de ma zone de confort.

Les démos sont tellement différentes du résultat final que je ne m'attendais pas à obtenir tous ces sons. Mes démos ont été faites dans un GarageBand qui tord à fond avec le chant repiqué par le micro de l'ordinateur. Au fur et à mesure des sessions studio, les pièces du puzzle semblaient bien s'enchevêtrer. C'est aussi grâce à Kevin qui a su bien repiquer mes guitares, choisir les bons micros pour ma voix.

Puis il a une façon tellement différente de voir les choses. Parfois ce qui était à l'origine un couplet est au final devenu un refrain ! Il est aussi excellent dans l'arrangement. Le problème est qu'il a souvent raison (rires) ! Son souhait n'est pas de tout réécrire, mais de donner à la chanson l'impact qu'elle doit avoir. Sincèrement, ça fait 10 ans que je travaille avec lui, on a travaillé sur une centaine de chansons et je ne l'ai jamais vu faire un mauvais choix.

"J'ai écris il y a quelque temps une chanson qui s'appelle Driving Toward The Daylight en seulement trois semaine... et The Ballad Of John Henry en seulement 17 minutes ! Ça, c'est quand ça se passe bien. Parfois, il faut 10 ans pour écrire un album complet"

Tu as des co-auteurs. On aurait pu imaginer un album beaucoup plus intimiste en lisant que tu allais proposer tes propres compos

Je trouve difficile de tout faire tout seul et je vois plutôt le rôle des co-auteurs comme une aide à terminer mes chansons. Toutes les chansons, hormis Different Shades Of Blue, sont nées de mes propres riffs. Ensuite, les musiciens m'ont proposé leurs idées, on a travaillé ensemble pour voir ce qui marchait ou non. Pour les paroles, cela permet de leur donner un sens plus profond. J'ai écrit il y a quelque temps une chanson qui s'appelle Driving Toward The Daylight en seulement trois semaines... et The Ballad Of John Henry en seulement 17 minutes ! Ça, c'est quand ça se passe bien. Parfois, il faut 10 ans pour écrire un album complet.

Pour terminer, nous aimerions en savoir un peu plus sur la chanson qui donne le titre à cet album, Different Shades Of Blues. Peux-tu nous expliquer chaque partie ?

Le riff principal a été joué sur une Guild 12-cordes. Les couplets et le refrain sont joués sur la Les Paul de 1958, et c'est la Les Paul de 1959 que l'on entend sur le solo. La chanson est en Am si je me souviens bien et le solo en Dm. Le solo a été fait en overdub, car toute la chanson a un son clean et je n'avais pas la configuration pour passer en overdrive comme je le souhaitais (rires).

J'utilise beaucoup le volume de ma guitare pour donner différentes tonalités, comme si plusieurs guitaristes étaient présents dans le studio au moment de l'enregistrement.

As-tu utilisé tes pédales signature pour l'enregistrement ?

J'ai utilisé si je me souviens bien la Fuzz Face et beaucoup la Fet Driver qui est une très bonne overdrive.

Pourra-t-on entendre la section de cuivres avec toi sur scène ?

L'année prochaine ! Ça fait du monde sur scène. On aura donc le groupe acoustique et cette section, ça va être génial.


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