Justin Hayward nous parle du groupe Moody Blues et nous dévoile son meilleur endroit pour écrire

"Il faut développer son propre style"

Justin Hayward a rejoint The Moody Blues en 1966, à l'époque où le groupe était en quête d'identité. Dans son départ, le chanteur et songwriter Denny Laine emportait avec lui ce son rhythm 'n' blues qui avait contribué au succès initial des Moody Blues.

En composant Fly Me High, un titre rock progressif, Justin Hayward apporta un nouveau souffle au groupe. Avec cette envie de se réinventer, le groupe se mit à produire des hits emblématiques comme Nights In White Satin et Question. Les ventes s'envolent clairement pour atteindre le chiffre de 70 millions d'albums écoulés.

Justin Hayward vient de sortir son dernier disque solo intitulé Spirits Of The Western Sky. Parallèlement, il propose Timeless Flight, une compilation de 17 titres qui retracent la carrière importante des Moody Blues. Nous l'avons rencontré pour parler de sa vision actuelle de Nights In White Satin et de ses maîtres du songwriting. Nous en avons également profité pour lui poser cette question existentielle "Pourquoi préfères-tu un placard à balai à un home studio sur-mesure?"

Quelles sont les chansons que tu considères comme les plus importantes de ta carrière ?

"Nights In White Satin a été un gros succès mais a mis du temps à décoller. C'est une chanson qui a pris son temps pour démarrer mais qui est ensuite restée un succès ad vitam eternam. Pour Question, par contre, le succès a été immédiat. On a même fait le Festival de l'Île de Wight en s'appuyant essentiellement sur cet album qui était numéro 1 des ventes ! Ce titre a changé le cours des choses pour nous, surtout aux États-Unis où il nous a élevés au rang de groupe de rock capable de remplir tout un stade."

"Mais il y a deux autres chansons que je considère comme particulièrement importantes : Your Wildest Dreams et I Know You're Out There Somewhere. Ce sont des chansons qui datent des années 80. Aux États-Unis, elles nous ont propulsés en haut des hits, là-haut dans les 20 premiers. Ça nous a donné une autre jeunesse à 40 piges. C'était la période la plus heureuse du groupe."

Est-ce que ton sentiment concernant Nights In White Satin a évolué au fil des années ?

"C'est marrant, j'étais vraiment jeune, presqu'un gosse quand j'ai couché la structure de cette chanson sur papier, assis sur le bord de mon lit. J'avais 20 ans, en fait. Puis, il y a deux ans, je reçois un MP3 qu'une femme qui s'appelle Bettye Lavette décide de m'envoyer. C'était sa propre version de Nights... Je l'ai écoutée et me suis mis à pleurer !"

"J'ai écrit cette chanson à l'âge de 20 ans, mais je l'ai vraiment entendue pour la première fois à l'âge de 64 ans. J'en ai entendu sa signification à ce moment-là. Non pas que je l'aie jouée façon perroquet tout ce temps, mais pendant 40 ans je l'ai interprétée à la manière d'un gars de 20 ans, avec le type de problèmes que tu peux avoir à cet âge-là. Cette femme a pris chaque mot et chaque ligne de cette chanson et l'a remodelée pour parler de sa propre vie."

À quel âge as-tu commencé à écrire des chansons ?

"J'ai commencé à écrire quand j'avais environ 17 ans. A cette époque-là, je savais déjà que je voulais être musicien professionnel. J'habitais Swindon, dans le Wiltshire, et il y avait plein de jeunes gars qui 'passaient pro' autour de moi. Tu croisais des gens dans la rue qui te disaient 'Alors ? T'es passé pro ou quoi ?'"

"J'ai eu la chance de trouver un job en tant que guitariste pour Marty Wilde. C'était un chanteur de rock 'n' roll célèbre de la fin des années 50 aux années 60. C'est lui qui m'a appris que pour survivre dans le monde du showbiz il te faut développer un style propre et que le meilleur moyen d'y arriver est d'écrire tes propres chansons."

The Moody Blues en 1968 (credit: Hulton-Deutsch Collection/CORBIS)

De quelle manière penses-tu que ton expérience au sein de The Moody Blues a influencé ton songwriting ?

"The Moody Blues m'a donné le moyen et l'inspiration. The Moody Blues interprétaient les chansons que j'écrivais, et ça c'était génial. Le groupe d'origine n'a pas joué ensemble longtemps. Denny [Laine] représentait la voix rhythm & blues du groupe et quand il est parti, il a un peu emporté l'esprit du groupe avec lui. Les autres n'étaient pas à leur aise sans lui et ils n'avaient aucune idée de ce qu'allait devenir le groupe. Six mois plus tard, on a tous décidé qu'il fallait avancer et on s'est dit 'Ok, on écrit tous et on apporte chacun notre propre contribution. On oublie ce que l'on a fait par le passé'... ce à quoi on était nul."

Ça t'a pris combien de temps avant d'écrire LA chanson, tu sais, celle que tu brûles de jouer à tout le monde ?

"C'est quand j'ai rejoint The Moody Blues. L'une des chansons du répertoire à ce moment-là a fait l'unanimité au sein du groupe. Ça a été le vrai tournant. La chanson s'appelait Fly Me High. On l'a finalement enregistrée au Decca, dans les studios de Gus Dudgeon (producteur d'Elton John - ndt). C'est là qu'on a rencontré Tony Clarke qui est devenu le producteur de The Moody Blues. Cette chanson est celle qui nous a convaincus en tant que groupe qu'on était bel et bien sur la voie. C'est la première chanson dont j'ai le souvenir d'avoir dit : 'Ça c'est bon'"

Est-ce que tu fais appel à une routine ou à un rituel particulier pour écrire ? Est-ce que tu as un instrument qui t'inspire particulièrement, par exemple ?

"Pour moi, c'est la guitare qui me permet d'écrire parce que je porte un amour profond à certaines guitares que je possède depuis des années maintenant. J'ai une Martin 1955 D28 que j'ai achetée dans les années 60 et qui est absolument superbe. Puis j'ai aussi ma Gibson ES-335 rouge. C'est ma préférée. Avec elle, tu peux être tranquille : elle est fidèle, toujours bien accordée et sonne juste."

L'endroit où tu te trouves a-t-il son importance quand tu composes ?

"D'une certaine manière, on dira, du fait que c'est surtout qu'il existe des endroits où je n'arrive pas à écrire. C'est étrange. Mais ce qui est encore plus étrange, ce sont les endroits où j'arrive à écrire. Par exemple, je peux écrire dans un placard à balai, mais si je devais construire une maison dans laquelle un songwriter trouverait tout ce dont il a besoin, là je n'ai pas la certitude que je pourrais écrire. J'ai essayé, ceci dit, mais ça n'a vraiment pas marché. Je n'ai rien pu écrire à cet endroit-là. Mais dans un petit coin noir et étriqué, je me sens dans mon élément et je me dis 'Oh, là c'est bon'."

Qui sont tes compositeurs préférés, tes héros du songwriting ?

"Tout d'abord, sur ma liste, ces gens sans visage qui ont composé pour Johnnie Ray et The Platters. Puis c'est Buddy Holly qui a attiré mon attention et j'ai réalisé que c'était dans ce sens qu'il fallait que j'aille. Il pouvait composer un titre en un rien de temps et l'enchaînement de ses accords, même s'il n'en utilisait que trois ou quatre d'entre eux, restait directement ancré dans ta tête. Ensuite, j'ai eu la chance de me trouver sur la scène swing du Londres des années 60 à l'époque où les Beatles ont fait leur apparition. Et là ça a été : 'Voilà nos leaders attestés'."

Quelles sont les leçons que tu as tirées du songwriting ?

"Le songwriting, c'est magique. C'est le monde de l'imagination auquel on a beaucoup de chance d'appartenir. On vit, parle, pense, on boit, on mange, on dort dans ce business qui est celui de la musique. C'est absolument fantastique."

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