Fred Chapellier, le Blues au bout des doigts

Blues, blanc, rouge...

Fred Chapellier a raison lorsqu'il nous dit que les maîtres du Blues sont Américains ou Anglais... Mais si l'on doit parler de maîtres du Blues en France, on peut sans hésitation le classer dans cette catégorie-là. Le guitariste sort Electric Communion, un live qui nous fait replonger dans sa discographie, donne envie de rebosser ses plans, savoir comment il obtient ce son... Heureusement, nous lui avons posé toutes ces questions !

Tu viens de sortir Electric Communion. En écoutant ce live, on se rend compte que ton jeu c'est d'abord le toucher avant la technique...

Complètement, et je me bats pour ça. C'est ce qui compte le plus pour moi. La technique sert juste à être à l'aise avec ce que l'on joue, après, il faut juste se laisser aller.

Ça t'a pris du temps pour arriver à ce son-là ?

J'ai pendant très longtemps travaillé la technique. Quand j'ai commencé à jouer de la guitare vers 15 ans, tu penses surtout à ce côté technique, à jouer vite et c'est bien plus tard que je me suis rendu compte que tous les plus grands guitaristes, si on les reconnaît au bout de trois notes, c'est grâce à leur toucher particulier.

Depuis au moins 20 ans maintenant, la seule chose que je continue de travailler, c'est le toucher. Lorsque je prends la guitare chez moi, c'est pour affiner mon toucher, car c'est cela qui fera ressortir la personnalité du guitariste. Mais je ne regrette en rien d'avoir travaillé la technique, car ça me sert énormément aujourd'hui. J'essaie maintenant surtout de me concentrer sur le travail de la main droite, je joue beaucoup avec les doigts et avec les ongles en plus du médiator.

Ton matos influe-t-il sur le résultat sonore que tu cherches ?

Pas vraiment. C'est toujours mieux d'avoir une bonne guitare et un bon ampli, évidemment, mais alors moi, mon matos est vraiment sommaire. J'ai principalement une pédale qui crunch un tout petit peu, et c'est tout. J'ai parfois un delay, mais c'est très rare, je boost quasiment jamais mes solos, c'est-à-dire que quasiment tout est géré avec le volume de la guitare. Lorsque mon potentiomètre de volume est à fond et que j'appuie franchement avec la main droite, j'ai un son bien crunch. Le but est d'avoir un son clair juste en jouant avec ce potard.

Quelle est donc cette fameuse pédale ?

Ça dépend de mon humeur ! En ce moment, il s'agit d'une Boss OD-3. Après, il faut juste qu'une guitare dans un ampli sonne, et faire avec ça, peu importe le matos dont il s'agit.

France 2 a réalisé un reportage complet sur toi, sur ton périple à Memphis pour l'International Blues Challenge. Tu y a participé en jouant auprès de bluesmen du monde entier. Sur scène, tout le monde a le même ampli, on se branche et on joue...

Bien sûr, le blues ce sont les doigts et après chacun se débrouille !

"Depuis au moins 20 ans maintenant, la seule chose que je continue de travailler, c'est le toucher"

Pour faire le parallèle entre les États-Unis et la France, penses-tu qu'il y ait un regain d'intérêt pour ce type de musique dans l'Hexagone ?

L'autre jour on me disait : "le blues n'est pas démodé". Ce à quoi j'ai répondu que le blues n'a jamais vraiment été à la mode. J'ai la chance de tourner et de jouer depuis plus de 20 ans sous mon nom et d'année en année, il y a de plus en plus de personnes qui me suivent. Il y a peut-être eu un regain à une époque, dans les années 90 avec Stevie Ray Vaughan par exemple. En revanche, le public blues est un public fidèle.

Les bluesmen que l'on voit tourner généralement nous viennent des États-Unis ou d'Angleterre et il y a peu de Français. De ton côté, tu fais partie des grands noms de cette scène en France. Cette image t'aide-t-elle à t'exporter dans les autres pays ?

Oui ça aide. Je gère seul mes tournées et lorsque tu as des références dans d'autres pays, en faisant des collaborations avec des Américains par exemple, ça te permet d'être mieux considéré. Et à l'inverse, plus tu joues à l'étranger et plus l'on te prend au sérieux en France. Il y a un effet boule de neige. Construire une carrière ne se fait pas en un jour. Lorsque tu essaies de jouer en Angleterre et que tu balances que tu as joué avec Otis Clay et quelques superstars de la soul et du blues aux USA, ça te donne de suite du poids.

As-tu une appréhension lorsque tu joues avec des Américain en te disant : "on ne joue pas le même type de blues" ?

C'est tout le contraire ! En France, on est les champions du monde de l'étiquetage (rires), autant aux États-Unis, ils ne s'en soucient pas du tout. Pour eux, ça le fait ou ça le fait pas, point final. Donc de mon côté, je n'ai aucune appréhension à jouer avec des Américains. Ils sont très respectueux, alors qu'en France, certaines personnes pourraient dire : "non je ne veux pas jouer avec lui parce qu'il joue du jump blues, parce que moi je suis plus..." Tout ça, c'est de la connerie. C'est juste la même musique avec les mêmes accords, abordée de manière différente avec un feeling différent, un toucher différent. Depuis plusieurs années, je ne me pose plus de question, je prends ma guitare et je joue.

Lorsque tu joues avec d'autres guitaristes, t'adaptes-tu ou au contraire, tu ajoutes la touche Fred Chapellier, je pense à Jacques Dutronc par exemple dont tu as été guitariste ?

Tu es obligé de t'adapter à son registre, mais en même temps Jacques m'a pris pour que je reste moi-même. J'avais beaucoup de place pour les solos, j'abordais les choses comme sur mes morceaux. Chaque soir, tous mes leads étaient joués au feeling en impro. Bien sûr, je jouais note à note les parties rythmiques qui sont elles établies.

On revient d'ailleurs à la première question, ton son n'est pas étiquetté au contraire de certains guitaristes...

C'est ce qui me permet d'être un peu partout, à jouer des morceaux country par exemple avec mon pote Neal Black. La Telecaster, en position milieu, un son clair et on est direct en plein dedans. Tout le monde me dit que la Telecaster est trop typée et je ne suis pas du tout d'accord avec ça. Pour moi, c'est une guitare aussi polyvalente que la Strat, voire plus. Le fait de ne pas utiliser beaucoup de disto me permet de jouer dans beaucoup de styles.

Tu as une nouvelle Telecaster, la Kaël Gold, fabriquée par un luthier de ta région. Quelle est cette guitare ?

J'ai demandé de me faire la copie conforme de ma vieille Fender '74, parce que j'avais besoin d'une autre Telecaster. J'en ai deux/trois autres, mais dont je ne suis pas convaincu. Il m'avait fait essayer ces guitares il y a quelques mois et j'avais trouvé ça vraiment bien. Sur la guitare, tout est standard, les micros sont des Fender Texas Special. C'est une guitare en aulne, super légère ce qui est parfait pour la scène. Elle est encore jeune, elle a besoin d'être jouée.

Peux-tu me parler de ce luthier ?

C'est un jeune luthier de Charleville-Mézières qui méritait d'être mis en lumière. J'utilise sa guitare de plus en plus sur scène maintenant et suite à ça, Fender l'a contacté pour travailler pour eux.

Dans l'électro, on parle de French Touch, tu penses qu'elle existe côté Blues ?

Franchement, je n'en suis pas persuadé, car on s'inspire tous de nos maîtres absolus qui sont tous Américains ou Anglais, en plus on chante tous la plupart du temps en Anglais.

"Depuis plusieurs années, je ne me pose plus de question, je prends ma guitare et je joue"

Tu trouves plus naturel d'écrire en Anglais ?

J'ai fait deux albums en Français. Le Blues en Français est excellent lorsqu'il est bien fait, comme peut le faire Bill Deraime. Même s'il y a certaines de mes chansons dans notre langue maternelle qui sont plutôt bonnes, je ne me suis jamais vraiment senti à l'aise à chanter en Français, peut-être parce que comme tu dis, j'ai dans l'oreille toutes ces références.

Tu as également joué avec Bill Deraime, comment l'as-tu rencontré ?

On s'est rencontré il n'y a pas si longtemps que cela. Il m'a appelé lorsque je travaillais avec Dutronc. Il voulait faire une version des Cactus, mais totalement différente et comme je bossais avec Jacques, il voulait savoir si je voulais faire l'arrangement. Le travail ensemble s'est super bien passé et il est venu chanter avec nous au New Morning. Il est très humble, limite timide. Je suis un grand admirateur de ce qu'il fait.

Pour revenir à Electric Communion, penses-tu que le fait de sortir un live soit plus représentatif de ta musique ?

C'est exactement ce que tu viens de dire. Toutes les musiques sont faites pour être jouées live, mais le Blues encore plus. Et il se passe beaucoup plus de choses sur scène qu'en studio et je voulais absolument capter ça, l'énergie de la scène, l'interaction entre tous les musiciens du groupe, avec le public. Ce live est un parfait résumé de mon répertoire de ces 10 dernières années. Il était temps de le faire. C'est bien enregistré, mais assez brut.

Ça t'a permis de fouiller dans tes archives ?

Exactement ! Un titre que je ne jouais plus depuis au moins 6 ans est cet instrumental qui s'appelle B Shuffle, sorti en 2003 sur mon 1er album. C'est le genre de titre que j'avais un peu oublié et que j'avais envie de rejouer. Ce morceau est une éclate sur scène.

Tu es allé dans les studios Sun. Quel est le premier sentiment qui vient lorsqu'on arrive dans ce lieux mythique ?

Quand tu rentres dans ces studios, le premier mot qui m'est venu est respect. Tu te dis que tu es en plein milieu du studio où tant de légendes ont enregistré, Elvis pour commencer, Jerry Lee Lewis... Là tu commences à sentir des vibrations, quelque chose qui se passe, des choses inexplicables. Il faut le vivre.

Déjà à côté, l'esprit est particulier. Il y a des gangs qui trainent autour. Le mec du studio a la main sur le flingue quand il ouvre... Et lorsque tu vois le vieux matos de l'époque, tu n'y crois pas ! Il y a des vieux micros à ruban... Et comme à l'époque, tu te branches, 3, 4, et tu enregistres.

Sur le reportage vidéo réalisé par France 2, on voit que tu veux tout enregistrer, profiter de ce moment incroyable...

Oui, c'est exactement le cas. On voulait juste se faire plaisir en enregistrant dans ces studios. On ne s'est pas posé de question. C'était le pied et un vrai cadeau qu'on s'est fait. J'ai réussi à avoir un créneau entre 1h et 4h du matin (rires) pour un prix dérisoire. Il fallait pas passer à côté !

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