A la gloire de : la Gibson ES-335

La semi qui se croit plus solide qu'une solid

"J'ai eu cette idée d'ajouter une plaque d'érable massif sur un modèle acoustique", nous explique Ted McCarty, président de la marque Gibson. McCarty est aussi le créateur de ce design propre aux guitares Gibson des années 50, une période qui a été rebaptisée de manière très à-propos 'les années glorieuses'.

"La guitare bénéficierait alors en partie de la même sonorité que celle d'une solid body classique, et cette sonorité associée à la vibration provenant des ailes creuses de l'instrument permettrait d'obtenir la combinaison d'une solid body électrique et d'une hollow body."

"J'ai eu cette idée d'ajouter une plaque d'érable massif sur un modèle acoustique" Ted McCarty, ancien président de Gibson

Le résultat du brainstorming de McCarty a donné naissance à la Gibson ES-335. Sortie en 1958, cette guitare semi-acoustique révolutionnaire a connu nombre d'adeptes célèbres comme Eric Clapton (durant sa période au sein du groupe Cream dans les années 1960), Alex Lifeson du groupe Rush et Chris Cornell de Soundgarden. Ce dernier a récémment été mis à l'honneur avec son propre modèle signature (ci-dessous).

"Le coup de génie de la ES-335 réside dans le fait qu'elle offre la sonorité et le sustain typique d'une hollow body".

Le coup de génie de la ES-335 réside dans le fait qu'elle offre la sonorité et le sustain typique d'une hollow body au corps imposant (44,45 mm/1,75 pouces) et peu épais à la fois. Le sustain tire son énergie de l'ajout de cette plaque d'érable massif, concept tout droit issu du cerveau de McCarty. La plaque en question couvre la totalité du corps de la guitare et sert de point d'ancrage au chevalet, au cordier et aux deux humbuckers.

Cette plaque a aussi l'avantage d'être nuisible au larsen, un problème qui est le lot des guitares électriques hollow à proprement parler comme l'Epiphone ES-230TD Casino et la Gibson ES-330. Alvin Lee, du groupe Ten Years After, a su nous prouver que la ES-335 est capable d'une grande qualité de jeu avec un niveau de gain élevé lorsqu'il a mis le feu au Festival de Woodstock accompagné de sa 'Big Red' incendiaire (la bête était pourvue d'un micro simple bobinage en position intermédiaire).

Depuis lors, Gibson a réalisé de nombreuses variations sur le thème de la ES-335 (y compris la série haut-de-gamme ES-355 avec Varitone intégré, la base du modèle signature du dieu du blues BB King, Lucille), mais ce sont les 'Dots' 58 et 60 aux manches épais qui sont généralement considérés comme l'élite du genre.

Et là, Gibson n'a pas failli à sa réputation : sitôt la marque eut-elle créé son chef-d'oeuvre que ses designers se mirent à y apporter des modifications. Vers la fin des années 60, c'est le manche épais, très apprécié, qui se vit considérablement affiné ; puis vint le tour des incrustations en forme de point qui se virent remplacées par des 'blocs' de nacre élaborés en 1962. Le cordier de type Les Paul stopbar, qui fixait les cordes au corps de manière tout-à-fait honorable, fut quant à lui abandonné au profit d'un cordier trapèzoidale en 1965.

Toutes ces 'améliorations' ont finalement été mises de côté en 1991 pour faire place à la réédition de la ES-335 'Dot'. Bien que, si l'on se fie à la nouvelle ES-335 Studio, à l'absence d'ouïes sur sa table et à son humbucker Dirty Fingers Plus, on constate que Gibson n'est pas prête de laisser cette superbe création de Ted McCarty tranquille.

Bref historique de l'ES-335

1958

Le manche 'Dot' classique de la ES-335 fait son apparition

1962

Les incrustations en forme de point de la touche sont remplacées par des incrustations de type bloc

1965

Le cordier stopbar est abandonné au profit d'un cordier trapèze

1991

Fin de la production de l'ES-335, rapidement rééditée sous l'appellation 'Dot'


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