Interview avec David Lovering, le batteur des Pixies

The Pixies, une reformation miraculeuse

Les Pixies, l'une des figures emblématiques du rock indépendant, n'a pas pris une ride avec David Lovering toujours aux commandes à la batterie. Il explique à l'équipe de Rhythm les circonstances de la reformation miraculeuse du groupe, de ses nouvelles sections rythmiques et du retour à son toucher traditionnel sur le dernier album...

Lorsque David Lovering est parti auditionner avec l'espoir de jouer dans le petit groupe de Boston que son ami Kim Deal venait de rejoindre, le futur batteur des Pixies était loin d'imaginer l'impact qu'aurait le groupe sur le rock et la musique en général des trente années à venir.

Les Pixies se sont formés autour des compositions de Charles Thompson (Black Francis), de la guitare surf de Joey Santiago, de la batterie de David Lovering et de la basse de Deal. Le groupe faisait alors partie de la scène rock indépendante de la New England à laquelle Throwing Muses appartenait aussi. Un contrat avec la maison de disque culte britannique 4AD allait donner une longueur d'avance au public insulaire qui fut le premier à entendre le son des Pixies et à en apprécier le génie.

La combinaison épurée de la guitare, de la basse et de la batterie des Pixies contrastait fortement avec le son éculé des chartes du moment. Pourtant, le groupe reste dans un son pop mais, c'est une pop pure, éblouissante et inspirée par les paroles tordues de Black Francis où les thèmes de l'inceste, de découpe de globe oculaire et autres sujets scabreux piqués de la Bible sont gueulés dans le mode de la folie furieuse. Les Pixies proposaient alors une alternative authentique et originale, supportée par la voix de Kim Deal, l'une des plus belles du rock indépendant qui compensait magistralement une masculinité colérique par une féminité ensorceleuse.

David Lovering, qui a commencé sa formation dans les groupes de la fanfare de l'école et entretenait à l'époque un goût prononcé pour Rush, doit sérieusement repenser son jeu. Il passe alors du prog à un beat punk rock qu'il agrémente d'une pointe de funk et exécute avec une énergie à vif qui propulse rapidement The Pixies au statut de groupe culte.

Le groupe enregistre cinq albums en l'espace de quatre ans, notamment l'incroyable Surfer Rosa en 1988 et Doolittle en 1989 avant de se séparer en 1991

Le groupe enregistre cinq albums en l'espace de quatre ans, notamment l'incroyable Surfer Rosa en 1988 et Doolittle en 1989 avant de se séparer en 1991. La tension monte entre Black Francis et Kim Deal, qui, par ailleurs, vient de former le groupe The Breeders, mettant en veille la perspective d'une possible reformation. Jusqu'à ce qu'en 2004, Lovering reçoive un coup de fil qui redirige sa carrière vers la batterie qu'il avait interrompue pour devenir magicien. Il aura donc fallu attendre quinze ans pour que le groupe se reforme.

"J"en avais les larmes aux yeux, lorsque je me suis rassis derrière mon kit aux côtés des autres membres des Pixies en 2004. C'était quelque chose que j'adorais faire et que, pourtant, j'avais abandonné pendant si longtemps !"

Cela fait maintenant dix ans que le groupe accumule les tournées, mais il faut attendre 2013 pour que prennent forme des compositions nouvelles. Indie Cindy est un album génial malgré le départ de Kim qui quitte le projet juste avant l'enregistrement. Pour l'heure, nous avons le plaisir d'interviewer un Lovering en top forme et qui, nous révèle-t-il, s'est attaqué à des signatures rythmiques asymétriques...

Après une démonstration convaincante de sa virtuosité de prestidigitateur dans un hôtel londonien à la mode, nous entamons la conversation sur le dernier album du groupe et de leur improbable comeback, du nouveau bassiste et son nouvel amour pour l'ergonomie...

Raconte-nous un peu ce coup de fil de Joey Santiago, comment ça s'est passé ?

"Je traversais une mauvaise passe. Tu as entendu parler des magiciens crèvent-la-faim? Pense un peu au terme 'disparition des magiciens'. J'ai choisi cette voie mais, je n'avais pas vraiment pensé aux débouchés. Ça ne décollait pas. J'avais la chance d'avoir encore de l'argent avec les Pixies pendant un temps mais, les choses ont commencé à devenir plus compliquées financièrement. Est arrivé le moment où il me fallait prendre une décision… changer le cours de ma vie. À l'époque, j'avais une petite copine épouvantable. C'était un calvaire, j'étais au plus bas ! Et puis, Joe a appelé ! J'étais loin de m'imaginer que les Pixies se reformeraient un jour. C'était donc une très bonne surprise."

T'étais-tu rendu compte de l'impact du groupe avant la reformation sur la musique produite auparavant ?

"Non, pas avant le festival de Coachella… En 2004, on a commencé par une tournée au Canada. Non, attends... on s'est d'abord arrêtés à Minneapolis... un show mémorable ! On n'était pas trop sûrs de nous, mais on a eu une réception explosive ! On a joué dur à fond je crois qu'on s'en est pas mal sortis. Au festival de Coachella, la foule était en délire, mais la différence, c'était cette mer de gamins qui n'étaient même pas nés quand tous les morceaux sont sortis. Et pourtant, ils connaissaient toutes les paroles ! C'était dingue ! C'est à ce moment-là que je me suis vraiment rendu que quelque chose avait changé. Quand on a commencé à lire la presse, on a vu que les gens faisaient référence au groupe.

Les fans connaissaient tous ces groupes associés aux Pixies. Je crois que le genre s'est perpétré, tout simplement. Dans un sens, je crois que c'était une bonne chose que le groupe se soit séparé à cette époque. Peut-être que je ne serais pas où j'en suis. Je ne sais vraiment pas ce qui se serait passé si nous étions restés ensemble..."

Ça fait un moment alors que tu n'a pas fait de batterie ?

"Jusqu'en 1994/95, j'ai fait quelques trucs après les Pixies, joué avec quelques groupes et fait des enregistrements. Et puis, j'ai tout arrêté. Les choses s'étiolaient, j'avais du mal à trouver du boulot, rien ne se passait vraiment. J'avais aussi un profond sentiment d'insatisfaction. J'adorais jouer avec les Pixies, je m'amusais vraiment ! Je n'ai rien trouvé ensuite qui se mesure à ce que j'avais fait jusque là. Et puis, il y a eu la magie alors, j'ai arrêté de jouer pendant dix ans…"

Comment as-tu vécu le retour dans les studios avec le groupe?

"C'était incroyable! Il y avait Kim, Joe et moi dans le local de répétition à Los Angeles. J'étais assis derrière mon kit. J'ai commencé à compter et je m'y suis mis ! Rien n'avait changé. Me remettre à la batterie, c'était comme faire de la bicyclette. Je n'avais rien perdu sauf, bien sûr, les subtilités que tu réussis à faire avec l'entraînement. Il m'a fallu aussi réapprendre à réguler mon énergie et regagner un niveau où tu te plonges complètement dans le groove… À part ça, c'était le même feeling, les mêmes gens et le même espace".

Comment c'était, de se remettre à jouer ?

"Je me suis rendu compte que j'avais perdu quelque chose, que j'avais arrêté de faire quelque chose que j'adorais faire. J'aime beaucoup m'occuper de mon kit maintenant ; changer les peaux et tout le reste. J'apprécie vraiment cet aspect des choses maintenant."

Tu as donc été magicien, tu peux nous en parler ?

"C'était en 1995. J'étais parti pour une conférence sur la magie avec un pote. J'ai vu un tour qui m'a complètement fasciné. C'est à ce moment-là que j'ai voulu devenir magicien. Je me suis acheté des bouquins, des vidéos, j'ai pris des cours, j'ai rejoint les bancs du Magic Castle (nightclub pour magiciens à Los Angeles). Pendant quinze ans, j'ai dormi avec des jeux de cartes sous l'oreiller. Je n'exagère pas ! J'y bossais comme un dingue."

Tu étais ce que l'on appelle 'un scientifique phénoménaliste' ?

"J'ai travaillé pendant un bon nombre d'années avant de devenir assez bon pour la scène. J'ai fait les théâtres, tout un tas de trucs sur scène. J'ai fait de la magie intimiste, c'est à mon avis la meilleure sorte. C'est parfait pour les fêtes, mais il me fallait trouver quelque chose qui paye un peu mieux. J'ai pensé à un spectacle sur scène. J'ai commencé à réfléchir à des noms et tout ce que j'aimais vraiment : la science ! J'ai une licence d'ingénieur électrique, j'aime les expériences et la magie. Alors, j'ai endossé une blouse blanche et je me suis mis à faire des expériences sur scène, de l'électronique sur scène. J'ai fait ça pendant des années. Je faisais l'ouverture des groupes de rock, des tas de boîtes, j'ai fait l'ouverture des Pixies, deux fois, et des Breeders. Mais, le truc, c'était comme si j'installais douze kits chaque fois, c'est plein de petits bidouillages. La pyrotechnie, c'était beaucoup de travail, beaucoup de temps. Le coût et la quantité de travail ne justifiaient pas l'effort. Je ne gagnais pas grand chose. Mon travail avec les Pixies paye les factures un peu mieux que ces machins de magie."

Raconte-moi comment les Pixies et toi vous êtes rencontrés ?

"La première fois que je les ai rencontrés, c'était chez Kim. Elle venait de répondre à une annonce avec Joe et Charles. Ils cherchaient un batteur. Alors, je suis venu. Elle avait un Linn drum. Charles jouait Ed Is Dead, moi, j'étais sur le Linn drum et j'écoutais. On peut dire que c'est le temps passé ensemble et les sessions partagées qui ont formé le groupe. On a commencé par faire des concerts autour de Boston. C'était toujours les lundi, mardi, mercredi soir. On faisait tout ce qu'on pouvait trouver. Le premier concert, c'était à Cambridge dans le Massachusetts dans un bar qui s'appelait Jack's. Ils nous avaient annoncé avec un nom spécial les 'Puxies'. Il y avait peut-être 17 personnes dans le public. Nous avons joué ce que nous avions, ce qui a pris un truc comme trente minutes. Voilà, c'était tous nos morceaux. C'est le seul concert qui m'a vraiment rendu nerveux. Après ça, rien ne m'a plus intimidé. Je jouais avec confiance. On essayait de faire le plus de concerts possible, ce qui nous permettait de nous perfectionner, d'ajouter des morceaux à mesure que l'on se produisait partout dans Boston… jusqu'à ce que l'on puisse se réserver des vendredi et samedi soir. C'est à partir de là que notre popularité est montée. Nous avons fait une démo et c'est comme ça que tout à commencé…"

Le son de ta batterie est inhérent aux Pixies. Comment ça s'est passé avec Charles lorsque tu lui a proposé ta partie de batterie au début ?

"Je ne sais pas trop. Je n'avais pas vraiment de plan. Il s'agissait davantage d'accompagner leur jeu. C'était mes idées et les autres faisaient aussi des suggestions 'ne joue de double, joue lentement là-dessus, ne met pas de ride…' Mais je me rappelle le tout comme quelque chose de pas très réfléchi. On faisait les choses comme on le sentait."

Comment ton intérêt pour le rock prog et Neil Peart en particulier s'intégrait au groupe ?

"Les deux premiers concerts, le premier mois peut-être, je faisais du : Ed… is… dead... badadadadada (il imite des longs plans compliqués). J'en faisais trop. C'était trop élaboré, mais je n'ai pas mis longtemps à m'en rendre compte. 'Moins, c'est plus' est d'ailleurs un principe sur lequel je n'ai jamais dérogé. C'est un truc qui vient avec l'expérience."

Tu t'es mis aux signatures asymétriques sur le nouvel album. L'influence de Rush ?

"Je sais le faire parce que je me suis entrainé. J'ai mis beaucoup de temps à maitriser Indie Cindy du nouvel album. Je redoutais ce morceau parce que je le trouvais particulièrement difficile. Mais, une fois maitrisé et que j'avais le compte, c'est devenu le truc le plus facile qui soit. Je l'ai parfaitement en tête."

Cela fait maintenant dix ans que vous vous êtes retrouvés et vous venez seulement maintenant de vous décider à enregistrer un album. Pourquoi attendre si longtemps ?

"On faisait tournée sur tournée. On n'arrêtait pas ! Mai, à la septième année de la reformation du groupe, on s'est rendu compte que l'on n'avait jamais duré autant ! Ça nous a fait un choc. C'était un peu une révélation, un coup de pied au cul qui nous a donné l'impulsion de faire autre chose. Après ça, on a mis encore deux ans pour que l'idée fasse son chemin et que Charles se remette à écrire. Mais il fallait être bons ! C'était la condition sine qua non. C'était important pour nous. Alors, on s'y est mis, morceau par morceau. Il y avait les trucs qu'on gardait et les trucs qu'on balançait. On a pris plein des trucs sur lesquels on s'entrainait, on essayait et on gardait les trucs qui marchaient pour tout le monde. Ça a pris deux ans pour que tout le monde se mette d'accord. Puis, satisfaits de nos morceaux, on est partis au Pays de Galles pour les enregistrer."

Dans quelle mesure le producteur Gil Norton qui a travaillé sur Doolittle, et Steve Albini qui a produit Surfer Rosa ont-ils participé au son de la batterie?

"Gil avait travaillé sur trois des albums des Pixies. Nous voulions que ce soit lui qui fasse l'album parce qu'il nous connaissait bien et qu'il savait s'y prendre avec nous. Gil sait comment extraire un certain son. Il change la caisse claire tout le temps. Il cherche un son en particulier. Ça me va.

Pour Surfer Rosa, Steve Albini a mis plus de micros d'ambiance, quelques micros rapprochés et peu de micros sur les toms. Du coup, ça fait monter le son des micros d'ambiance pour donner un son de salle. Ça semble simple, mais tu peux faire vraiment la différence entre les deux mondes. Je me suis servi d'un kit Tama Artztar II. Ce kit est génial. Il a un son puissant. J'ai acheté une caisse claire en plus. C'est tout ce qu'il y avait sur l'album.

Pour Indie Cindy, j'ai utilisé un kit Gretsch. Par contre, j'ai eu du mal à me procurer de kit pour l'enregistrement. On était au Pays de Galles et ils n'avaient pas de kit à me donner ! Alors, je me suis dit 'merde que se passe-t-il ici ?' Je vais devoir faire venir mon kit des États-Unis. Mon technicien Chumpy, qui est le propriétaire d'un magasin de batterie, ici, au Pays de Galles, s'est débrouillé pour faire parvenir trois kits dans le studio. Le lendemain, j'arrive et je vois neuf caisses claires différentes, du piccolo en bois et les gros modèles en cuivre. Il y avait tout ce que je voulais. C'était incroyable ! Gil et moi avons fait notre choix et puis, bien sûr, essayé tous les sons différents. Il faut écouter de très près pour se rendre compte des différences sonores, mais je suis satisfait du résultat."

Comment s'est déroulée l'écriture des parties de batterie cette fois pour Indie Cindy ?

"Pour quelques-uns des morceaux, Gil et moi nous sommes retrouvés chez lui pour travailler sur la préproduction. Gil a balancé des boîtes à rythme. Du coup, sur certains morceaux, c'est ce que vous aurez ! Mais, ce qui m'a beaucoup plu, c'est que pour la première fois, quelqu'un d'autre s'occupait de la batterie. C'était leur version. C'était très intéressant pour moi d'avoir autre chose à écouter même si ce n'est pas à priori ce que je fais en général. Ça m'a donné de nouvelles idées… les retranscrire dans mon travail. Ça a marché comme source d'inspiration, cette manière de faire me convenait parfaitement."

Certains morceaux ont-ils été développés plus tard durant les concerts live?

"Il y a plein de trucs que j'ai récupérés séparément. Des sections entières de morceaux. Certains étaient récents et je ne savais pas trop où les mettre. Nous n'avons fait aucun des morceaux en live, les demos allaient et venaient. Je les travaillais sur un kit électronique à la maison. Je branchais mon MP3 dessus et jouais en accompagnement. C'est comme ça que ça s'est passé, je jouais sur l'interprétation de Gil et j'apprenais les morceaux par sections. La manière dont les Pixies composent est toujours la même : Charles arrive avec les morceaux (pratiquement achevés), il apporte sa guitare, il joue et nous, on ajoute ce que l'on veut. C'est comme ça que les choses se sont faites sur cet album. Il avait à peu près tout le matériel prêt, les morceaux finaux sur lesquels il avait bossé avec Gil. Les arrangements et la manière d'interpréter les morceaux."

C'est très différent de la manière dont vous composiez à l'époque quand vous vous retrouviez tous dans une pièce pour écrire?

"C'est ce qu'on a fait durant l'étape de préproduction. On s'est retrouvé dans un studio au Pays de Galles. Nous nous sommes installés pour simplement jouer. Nous avions une semaine pour travailler les morceaux. Nous travaillons toujours les morceaux ensemble jusqu'à ce qu'on les sache parfaitement. Ensuite, l'enregistrement se fait tout seul. Il est très rare que l'on joue ensemble à ce stade des opérations."

Un morceau auquel tu tiens particulièrement sur ce nouvel album ?

"Indie Cindy est intéressant parce qu'il était vraiment difficile à apprendre. C'est très sympa à jouer, maintenant. Magdalena, je l'aime bien aussi parce qu'il y a un groove, un feeling que j'adore. Celui-là, c'était le plus facile, je l'ai fait très rapidement en studio. Il n'y a même pas de cymbales, pas une frappe ! Moins, c'est plus."

Est-ce que vous envisagez de faire d'autres albums dans un futur proche ?

"Je suis très heureux que celui-là soit terminé. L'état d'esprit pour le moment, c'est que l'on soit un groupe viable et que l'on aime ce qu'on fait. Nous aimerions en faire un autre après celui-là."

Kim Deal ! Ça fait dix ans que vous faites des tournées ensemble et au moment où vous décidez d'enregistrer, elle s'en va. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?

"C'était tout simplement fini pour elle. Elle était avec nous en studio, on était en train d'enregistrer et puis, au café, elle nous a simplement dit que c'était fini pour elle. Qu'elle avait décidé de quitter le groupe. D'abord, on savait pas trop quoi faire mais, il n'y avait rien à expliquer. Quelques soient ses raisons, nous restons en bons termes. Mais, bon il fallait nous remettre un peu de la nouvelle pour savoir quoi faire. On est resté deux trois jours à se demander si ça valait le coup de continuer.

On enregistrait déjà, alors, on a continué tout simplement. Il semblait que c'était la seule chose à faire. Alors, on a continué de creuser. On a fait venir un type de Manchester, Simon 'Ding' Archer qui s'est emparé de la basse. Jo et moi avons repris plus de trucs sur les parties vocales. On espèrait que l'on pouvait peut-être compenser la perte d'un Pixies par d'autres Pixies.

Ce qui nous a manqué le plus, c'est la voix de Kim, c'était une perte énorme. Mais, on a continué et au final, on était très contents du résultat"

Est-ce que ça te fait bizarre d'être sur scène comme ça sans Kim à côté de toi après tout ce temps ?

"Oui, bien sûr ! Surtout durant les deux premiers concerts, elle était tout ce que j'avais connu jusque là. La seule bassiste avec qui j'ai joué depuis que j'ai vingt ans. Je la connaissais si bien, tout-à-coup, elle disparaissait. Très bizarre! Ceci dit, j'aime beaucoup jouer avec Paw Lechantin. Elle est bassiste. Kim ne l'était pas, elle était guitariste au départ. Nous avons eu Kim Shattuck pendant un temps qui était, elle aussi, guitariste. Paz est bassiste et elle est super bonne ! Elle chante bien aussi, le public l'adore. Le truc marrant, c'est que Paz est si douée qu'elle me force à mieux jouer. Il me faut jouer à un autre niveau."

T'adaptes-tu à chaque bassiste que tu rencontres ?

"J'essaie toujours de rester sur le jeu du bassiste parce que c'est difficile de compter sur les trucs que les autres joueurs font et qui ne sont pas forcément dans le rythme. Je me concentrais sur Kim, j'essaie de faire la même chose avec Paz. Une fois que tu as la rythmique, tout le monde peut faire ce qu'il veut. Mais quand c'est dans une rythmique, c'est beau."

Y a-t-il des morceaux plus anciens que tu joues différemment ?

"Non, j'essaye de les jouer à l'identique. Il y a peut-être quelques trucs qui m'ont échappé depuis. Je ne change rien qui soit trop sévère. Il y a des trucs que j'ai ajoutés. Prends le morceau Where Is My Mind, c'est un truc que l'on joue depuis des lustres ! On le joue à chaque fois. J'ai eu l'occasion de visionner une version antérieure de quelques années et je me suis dit: 'Merde, je le joue n'importe comment !' Ça fait (il chante le rythme). Il y avait une charley ici. J'avais complètement oublié ! Mais, la charley est de retour ! Je ne l'oublie plus jamais."

Quelles sont les anciens morceaux des Pixies que tu préfères jouer ?

"Il y en a plein ! Les trucs rapides comme Vamos, Tame, Bone Machine, Crackity Jones… tout ce qui est rapide, ça me va ! Monkey Goes To Heaven, il est bien celui-là, c'est facile de groover."

Vous avez démarré votre carrière sur le label britannique 4AD, mais avez-vous trouvé le public anglais réceptif aux Pixies ?

"Absolument ! Le premier endroit où nous avons signé avec 4AD, c'était Londres. On n'avait jamais quitté les États-Unis. On avait seulement joué sur la côte Est des Etats-Unis, la Nouvelle Angleterre, pas très loin, donc. Le premier concert, c'était au Mean Fiddler, c'était dingue ! Le public, la réaction, je n'avais rien vu de pareil ! Il n'y a jamais eu le même degré d'enthousiasme de retour aux États-Unis. Ça m'a fait comprendre que c'était autre chose. Je ne sais pas si on peut l'attribuer au bon goût (rires), mais le public européen comprenaient à fond ce que l'on essayait de faire.

Et comment va le groupe maintenant au point de vue entente ?

"Je crois que l'on s'entend bien dans n'importe quelles circonstances, mais l'on est toujours le même groupe. Les mêmes conneries ! Même avec un membre en moins. On est toujours aussi dysfonctionnels (rires), mais peut-être pas autant que les gens ne se l'imaginent ! Nous avons l'impression d'être normaux, c'est notre manière d'opérer et c'est la même chose depuis le début. Pour le meilleur et pour le pire ! Comme dit le proverbe. On s'assagit en vieillissant. Pour nous, ça veut dire qu'on fait les choses davantage dans le confort. On prend les conneries avec plus de recul (rires)."

Comment vois-tu l'avenir des Pixies ? Le groupe a-t-il de longues années devant lui ?

"J'espère bien ! J'adore ce que je fais. C'est le meilleur boulot qui soit. Je veux simplement continuer à faire ça…"


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