Beanie, du punk à l'Électro Dance

Le batteur nous parle de son projet au sein de Rudimental

Beanie a tout fait ! Du rock criard, du free jazz et de la pop avec Gabriela Cilmi. Et plus récemment, il s'est mis à l'électronique aux côtés des titans de la dance music, Rudimental. Voici le portrait d'un batteur au talent tentaculaire…

Le groupe drum'n'bass Rudimental est arrivé comme un coup de canon en 2012 avec leur single Feel The Love. Un titre, qui les a propulsés au top des hit-parade britanniques. En 2013, ils récidivent avec le titre Waiting All Night et complètent un palmarès déjà impressionnant avec un premier album, Home.

"Ça a été tout de suite une véritable passion. Je ne faisais que ça… et du skate aussi. Mais ça, c'est fini. Si je me repète la cheville, je suis foutu !"

Le collectif Rudimental est formé de quatre musiciens et de quatre producteurs : Amir Amor, Kesi Dryden, Piers Aggett et Leon Rolle. Leur style s'enracine dans un style Dance électronique mais, à la différence de leurs contemporains, ils se produisent sur scène et sont capables de jouer leur musique en temps réel. Celui à qui l'on doit l'intensité rythmique du groupe en live est le batteur Beanie. Il joue aux côtés des quatre leaders eux-mêmes accompagnés d'une section basse et de trois chanteurs. "C'est la teuf sur scène !" s'exclame-t-il.

Beanie a grandi à Milton Keynes, une grande ville anglaise. Son intérêt pour la musique est parti de son grand frère, Simba, guitariste. "Mon frère était complètement immergé dans la musique. J'avais aussi une sœur qui était danseuse. Une famille versée dans la musique !" révèle Beanie. "J'ai été énormément influencé par mon frère. Ados, nous partagions encore une chambre. J'étais donc très entouré par la musique. Ça a été tout de suite une véritable passion. Je ne faisais que ça… et le skate aussi. Mais ça, c'est fini. Si je me repète la cheville, je suis foutu !"

C'est à l'église de Milton Keynes que Beanie entend de la batterie pour la première fois. Il va à l'église toutes les semaines et y admire le batteur de la congrégation. "Il était très cool ! Il s'appelait Andy Ridley. D'ailleurs, il joue maintenant dans un groupe de San Diego, Transfer. Je le regardais jouer tous les dimanches. Puis, j'ai fini par le remplacer à chaque fois qu'il avait autre chose à faire."

Beanie s'est procuré son premier kit d'occasion par l'intermédiaire d'Andy et nourrit, depuis, une véritable passion pour l'instrument…

"J'ai fait une petite tournée en Europe. Je me souviens, on était tous entassés dans une camionnette avec du matériel merdique, de mauvaises cymbales et tout le reste aussi d'ailleurs.C'était ma première véritable expérience en dehors de celle de jouer dans les écoles et les petites salles de quartier"

Quand tu as commencé à jouer, quel genre de musique t'intéressait ?

"J'écoutais beaucoup de rock. J'ai fait partie d'un groupe qui s'appelait les HeadFly. C'était un groupe de nu metal mais avec beaucoup d'harmonies. C'était très sympa. J'ai commencé à jouer dans les salles du quartier, à faire des battles avec d'autres groupes. Enfin, ce genre de trucs quoi ! Je jouais aussi dans le groupe de mon frère, un peu comme Dinosaur Jr. J'ai fait ma première tournée avec un groupe de punk expérimental qui s'appelait les Optimist Club. J'ai fait une petite tournée en Europe. Je me souviens, on était tous entassés dans une camionnette avec du matériel merdique, de mauvaises cymbales et tout le reste aussi d'ailleurs. C'était ma première véritable expérience en dehors de celle de jouer dans les écoles et les petites salles de quartier.

J'ai ensuite joué avec un groupe qui s'appelait Action Beat. C'était un groupe de rock noise avec douze instruments : quatre batteurs, quatre guitares, une guitare baritone, une basse. Je crois qu'il y avait aussi un saxo à un moment donné. Un peu comme Glen Branca dans les débuts de SonicYouth. On est parti en tournée en Grande Bretagne. Ensuite, j'ai eu un groupe de deux instruments qui s'appelait Orion Arm et qui tirait plus vers le math-rock. On s'est bien éclatés ! Je joue aussi de la guitare, de la basse et je chante. Il était donc important pour moi d'être sur plusieurs projets en même temps avant de prendre tout ça au sérieux et de commencer une vraie carrière."

Quel était le premier concert important qui a marqué le début de ta carrière professionnelle ?

"Mon premier concert pro, c'était avec Gabriella Cilmi. Mon frère la connaissait, il avait travaillé sur sa vidéo. Elle cherchait un batteur alors il lui demandé: 'Hey! Viens, je t'en présente un.' Un an ou deux avant, j'avais terminé l'université et j'enseignais la batterie dans mon ancienne école. Je suis allé la voir, j'ai passé l'audition et ça s'est super bien passé. Je suis resté plusieurs années. Et puis, par l'intermédiaire de ce groupe, j'ai commencé à bosser avec d'autres gens."

Qu'est-ce que tu as appris en jouant avec Gabriella?

"J'ai appris énormément sur le contrôle et la technique et tout ce truc de 'moins t'en fait mieux c'est', c'est plus dans le style de Chad Smith. Quand j'ai commencé, je faisais mes trucs ! J'ai joué les premiers concerts avec une ride Z Custom Mega Bell ! Je jouais comme un punk ! Puis, je suis tombé sur Anthony Lewis alias Sweet Stix qui a été une révélation. Je l'ai regardé jouer avec Taio Cruz sur internet. Il gardait un tempo impeccable, simple et serré. Je me suis dit que c'était comme ça qu'il fallait faire, que cette manière de jouer présentait un défi intéressant : chercher ce qui convient le mieux à un morceau, choisir les sons et garder un contrôle parfait dans un style minimaliste au lieu de s'exciter et de partir dans des envolées !

J'ai beaucoup appris en regardant les autres. Ça m'a aidé à penser à la musicalité d'un morceau et de m'attarder sur les dynamiques. J'ai beaucoup aimé travailler avec Gabriella. C'était très sympa aussi parce que je jouais beaucoup avec mes potes. Et même si c'était des morceaux de pop simples, on s'amusait à y mettre des parties jazzy et d'autres trucs plus lourds. C'était vraiment sympa de pouvoir partir en tournée et faire les festivals. J'avais aussi l'opportunité de chanter et de faire du rock. J'ai aussi fait des trucs avec un nouveau chanteur Dan Croll et des sessions à la basse avec le groupe Various Cruelties."

Comment ton histoire avec Rudimental a-t-elle commencé?

"J'étais à l'université avec Amir des Rudimental. Nous avions fait quelques sessions ensemble. Quand je les ai rencontré, il voulait faire un groupe pouvant jouer sur scène et m'a appelé tout de suite. D'abord, ça n'a pas été facile. Notre directeur musical, c'était Andy Gangadeen, un batteur très connu. Un type incroyable et qui a eu une énorme influence sur moi. Il m'a appris que l'électronique ne pardonnait rien. Tu ne peux pas couvrir tes erreurs, pas de faux semblants ! Une fois que tu frappes sur l'engin, c'est fini, il n'y a pas de retour possible !

C'est en soi un challenge. Il y a beaucoup de rebondissements entre le kit électronique et le kit acoustique. J'ai trouvé tout ça difficile au départ puis, petit à petit, c'est devenu complètement naturel. Et j'aime ça en plus ! Il faut énormément d'énergie. Au lieu de déclencher des plans sur un temps, c'est un jeu sur chaque note. Je joue tout en temps réel. Donc, pas d'espace pour se reposer. Il y a du boulot ! Ça n'a rien à voir avec la pop, le rock ou le R'n'B mais c'est extrêmement gratifiant. J'ai l'impression d'être au sommet de mon jeu. Et j'adore ça !"

Crédit photo : Rob Monk

Tu avais déjà travaillé avec l'électronique avant cela ?

"De façon épisodique. Un pad par ci par là mais jamais avec plusieurs pads pour y faire des plans complets. Il s'agissait de déclencher un son et la backing track contenait déjà la plupart des sons de batterie électronique. C'était la première fois que je travaillais avec des pads multiples en les intégrant au kit acoustique. C'est de la dance sur scène et jouée en temps réel. Il y a très peu de groupes qui le font. C'est ce qu'Andy Gangadeen cherchait à faire depuis le début."

Comment as-tu trouvé ce dont tu avais besoin?

"Andy est un pionnier dans le monde de la dance électronique live. Beaucoup de ce que l'on a se base sur ce qu'il a apporté. On a commencé par utiliser des éléments de sa configuration puis on l'a modifié avec ce que l'on pouvait se procurer gratuitement via les marques. Il a fallu trouver des sons avec lesquels j'étais à l'aise. Je lui fais entièrement confiance."

Est-ce que c'était un problème de passer de l'acoustique à l'électronique ?

"Oui, à cause de la tension du déclencheur et de la peau de la grosse caisse acoustique. Je me souviens en particulier d'une session d'entraînement où je me suis vraiment pris la tête. J'avais un problème avec une croche et, je me suis complètement énervé sur ce truc que je n'arrivais à faire sur le kit électronique. C'était simplement une question de tension. Il m'a fallu apprendre à détendre mes muscles et à me concentrer sur le moment où je devais rebondir entre les deux."

Quel est la meilleure approche pour ce genre de musique pour un batteur ?

"Il faut frapper les pads avec une grande régularité. Je fais beaucoup d'exercices de préparation, maintenant. Une demi-heure avant un concert. Je ne faisais jamais ça avant et je me demandais pourquoi j'avais toujours mal au bras après une heure de jeu ! Maintenant, je suis capable de soutenir une session de 12 heures, rentrer et pouvoir encore jouer. L'échauffement et des exercices de respiration sont essentiels, il faut de l'énergie pour tout ça."

"J'apprécie beaucoup plus la jungle parce que j'adore en jouer. J'écoute aussi de la House maintenant sans avoir à faire semblant d'aimer !"

Est-ce que tu as dû développer une sorte de langage musical pour la dance music ?

"Non, j'ai toujours écouté beaucoup de sortes de musique. Je joue des trucs expérimentaux, du free jazz… Je suis sur un projet qui s'appelle Noon avec un guitariste qui s'appelle Adam Coney. Nous puisons notre influence de la scène new yorkaise avec beaucoup de free jazz noise et d'impro. Tout le monde joue dans un rythme différent, un peu comme Captain Beefheart/Lounge Lizards. J'écoute plus de dance maintenant. Quand tu fais de la batterie pour ce genre de musique et que tu aimes ce que tu fais, tu commences à écouter des trucs qui ressemblent à ce que tu fais. Je peux entendre d'autres trucs maintenant avec l'expérience que j'ai. J'apprécie beaucoup plus la jungle parce que j'adore en jouer. J'écoute aussi de la House maintenant sans avoir à faire semblant d'aimer !"

Où obtiens-tu tes samples sonores ?

"La plupart de mes samples viennent directement de l'album. Nous nous procurons les samples sur ordinateur. Amir est particulièrement doué pour ça. Il sait exactement ce qu'il veut. Ça fait plusieurs années qu'il est producteur. Il l'était avant même de faire partie des Rudimental. J'ai beaucoup travaillé avec lui en session. Il a une très bonne oreille pour ce qu'il veut entendre à la batterie. On passe parfois trois heures sur l'accordage d'une caisse claire."

Pourquoi as-tu choisi une finition teinture au noeud pour ton kit de batterie ?

J'ai toujours aimé la teinture au noeud. J'ai commencé par les tee-shirts. J'en est parlé à mon technicien Jim Macaulay. Il a discuté avec les mecs de Premier. Ils ont été géniaux ! Ils nous ont fourni du matos génial et c'est Jim qui l'a fait. J'avais jamais vu ça, avant. J'ai googlisé 'kit/finition teinture au nœud' mais je n'en ai pas vu un seul. Je l'aime beaucoup, il claque. J'ai toujours été un fan de Premier et ils ont été géniaux ! La tonalité de leurs fûts est parfaite.

Tu utilises des toms plutôt petits, pourquoi ?

"Ils ne sont que marginalement plus petits mais ils ont une tonalité plus haute que ceux que j'ai utilisé dans le passé. Ils sont particulièrement bons pour percer dans un mix. Il y a beaucoup de sons en arrière avec la musique électronique et avec les samples que j'utilise aussi. Il faut réussir à passer à travers tout ça. Je ne veux pas me perdre dans les profondeurs sonores des samples."

Est-ce qu'Amir t'as déjà parlé des raisons qui ont motivé son choix pour un batteur live?

"Je crois qu'il a eu l'idée de le faire quand il voulait faire passer le projet sur scène. Ils ont tous des expériences live parce qu'ils ont tous à un moment ou à un autre fait partie d'un groupe. Piers Aggett jouait du clavier pour John Newman. Il était sur le premier hit des Rudimental. Les groupes comme Parliament and Earth, Wind And Fire ont énormément influencé la présentation du groupe. Ils voulaient reprendre ça mais en ajoutant des éléments de musique électronique. Je suppose qu'il s'agissait de donner à l'enregistrement un nouveau niveau sur scène. Sinon, ça n'a aucun intérêt, tu passes le CD en boîte et c'est tout. Il y a plein de DJs qui font ça. Ils disent bla, bla, bla live. Tu te déplaces et, en fait, ils arrivent avec leur ordinateur portable. Quand tu vas à un festival, tu veux voir un truc qui en vaut la peine. C'est ce que l'on voulait faire tout en reproduisant l'ambiance des groupes des seventies."

Quelle a été la réaction du monde de la dance ?

"La réception a été géniale ! Ça nous a vraiment donné confiance en nous. C'est un milieu dur ! Alors, ça fait vraiment plaisir quand il y a quelqu'un pour dire qu'on fait des trucs bien. La dance est très populaire en Grande Bretagne mais il n'y a pas beaucoup de batteurs de dance jouant sur scène et il y en a deux avec Rudimental, Andy et moi. La réaction a donc été très cool."

Quel est le morceau que tu préfères jouer ?

"Home, c'est le seul morceau sur lequel il n'y a que de la batterie acoustique. C'est plus facile pour les bras ! J'aime aussi beaucoup Not Giving In parce que c'est un morceau sur lequel j'utilise le kit acoustique et électronique. Puis, il y a Hide et 'Right There" parce qu'il y a un beat compliqué qui fait que les gens me remarque !"

Y-a-t-il de la place pour l'improvisation ou la possibilité de changer de fill d'un concert à l'autre ?

"Avec certains morceaux, c'est possible. Il y a des morceaux sur lesquels je joue des parties qu'Andy et moi avons composées. D'autres morceaux sont une occasion de jamer, d'improviser un peu et de jouer un peu avec le trompettiste, Mark Crown, qui est génial. On essaye des trucs compliqués pour s'amuser. Kezie fait les lignes de basse, parfois, on fait des trucs un peu dingues juste pour voir sa réaction. Il me fait rire, vraiment ! Crois-moi, il y a de l'espace pour s'amuser mais il y a aussi des morceaux sur lesquels je ne change absolument rien. On peut s'amuser avec les plans mais la partie électronique reste la même."

As-tu l'intention de faire des enregistrements avec Rudimental?

"Nous avons fait des enregistrements la semaine dernière. Nous travaillons sur un nouvel album. Le prochain incorporera le talent de tous les membres. C'est très excitant ! J'aime m'exprimer de différentes manières mais, avec eux, je me suis concentré à cent pour cent sur mon travail de batterie. J'adore bosser avec Rudimental. On a travaillé comme des dingues et ça marche bien donc je fais partie de la famille maintenant !"


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