Les batteurs sont-ils mathématiciens par nature ?

"Rythme et bruit. C'est de là que les batteurs viennent !"

Lorsque l'on m'a demandé d'écrire cet article, la première chose à laquelle j'ai pensé était d'essayer de résumer le rôle du batteur. Sa nécessité de coacher le groupe tout au long d'un morceau quel que soit le tempo et les motifs rythmiques tout en maintenant un groove solide.

"Rythme et bruit. C'est de là que les batteurs viennent !"Mickey Hart, The Grateful Dead

Les batteurs se doivent de connaître les bases des mathématiques (comme nous tous, d'ailleurs) mais je reste persuadé que même les joueurs de math metal ou ceux qui sont techniquement et conceptuellement ultra compétents (je pense notamment à Gavin Harrison) n'ont pas forcément besoin de connaissances approfondies en la matière. La maîtrise des quatre opérations de base : addition, soustraction, multiplication et division est suffisante.

Si je me mettais à crier haut et fort que les batteurs étaient des maîtres en mathématiques, je placerais la communauté des batteurs sur un piédestal frauduleux et laisserais de côté des aspects essentiels de la musique. Si les battteurs sont nécessairement des experts (ou au moins compétents) en rythmes et dynamiques, les paramètres en musique que sont l'harmonie et la mélodie sont mathématiquement plus compliqués que les motifs rythmiques des batteurs.

La musique issue des cultures occidentales se fonde sur la série harmonique et sur les 12 demi-tons dérivés du travail du génie des mathématiques de la Grèce Ancienne : Pythagore. Ce sont les bases à partir desquelles se contruit l'ensemble de nos accords et de nos mélodies. La maîtrise de l'harmonie, surtout dans des environnements musicaux à harmonies complexes tels que le jazz, engage le batteur dans un modèle mathématique beaucoup plus complexe que les parties de batterie prog les plus sophistiquées.

Lorsque le batteur joue, les autres membres du groupe et le public y sont sensibles. L'air est vivant et les atomes s'électrisent entre le temps, l'espace et les gens

De nombreux musiciens affirment avoir des affinités avec les mathématiques et aiment travailler avec des nombres. J'en connais plusieurs comme ça et même si je les comprends dans une certaine mesure, je suis pour ma part beaucoup plus attiré par les paroles et la musique. Je le dois sans doute aux trois dernières années que j'ai passé à perfectionner mon travail dans ce domaine. En plus, je dois avouer que je n'aime pas tellement les chiffres. Je n'ai jamais eu aucun problème à mémoriser mes tables de multiplication et autres bases arithmétiques mais j'ai tendance (peut-être bizarrement) à me rappeler les faits sur les maths plutôt que les principes sous-jacents.

Mickey Hart, du groupe The Grateful Dead, a écrit dans son livre Drumming At The Edge of Magic : "Rythme et bruit. C'est de là que les batteurs viennent !" Cette affirmation est beaucoup plus vraie d'après mon expérience qu'insister sur l'importance des signatures rythmiques ou le nombre de beat par minute ! Il ne s'agit là que du début du travail du batteur.

Bill Ward affirme que le devoir du batteur est d'étudier la musique autant que la nature humaine

À travers le rythme, le mouvement et le son (le quotidien du batteur), nous communiquons avec l'intangible. Lorsque le batteur joue, les autres membres du groupe et le public y sont sensibles. L'air est vivant et les atomes s'électrisent entre le temps, l'espace et les gens. Cette perception du monde nous plonge dans la trame même de l'univers. Elle nous rapproche des mathématiciens et des cosmologistes dans une perspectives créatrice et d'exploration.

Nous nous devons d'être plus près de cet univers. Bill Ward affirme que le devoir du batteur est d'étudier la musique autant que la nature humaine. Questlove, quant à lui, écrivait dans son dernier livre que la batterie est " une sorte de signal magique, un système, un langage codé." Je ne pense pas que la batterie soit un langage à lui seul mais il ne s'agit pas non plus de mathématiques à l'exclusion de toute autre chose. La batterie est une joie et une responsibilité. Les batteurs sont des shamans et comme Keith TIppett les appelle : des 'mujiciens'.


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