Qu'est ce que la Bass Music ?

De la Drum 'n' Bass au Trap, nous avons analysé l'essor de l'EDM (Electronic Dance Music) au travers de ses styles les plus représentatifs

La plupart des musiciens détestent qu'on leur colle une étiquette, mais avouons que, sans elles, nous aurions bien des difficultés à découvrir de nouveaux artistes dans les styles que nous aimons, et il nous faudrait des heures pour les retrouver.

Seul Dieu connaît le nombre de chansons qui sort chaque semaine, alors imaginez si nous devions écouter chacune d'elles avant d'en trouver une seule qui corresponde à notre répertoire de prédilection, sans cette catégorisation (parfois simpliste) qui permet de les trier.

Le plus gros problème que soulèvent ces étiquettes, genres ou encore catégories, est qu'ils sont imprécis. Ceux-ci semblent être modulables à l'infini, permettant d'effectuer des raccourcis simplistes ou au contraire d'amplifier leur sens pour que chaque auditeur puisse s'y retrouver. Les Beatles étaient-ils rock ou pop ? Gil Scott Heron faisait du jazz ou du rap ? Dans quel style classeriez-vous The Prodigy ? Rave, Techno, Breakbeat, Electronic Punk, Industrial ? Bref, vous voyez où on veut en venir...

Notre manière de consommer de la musique dépend bel et bien de ces classifications. Si l'on se fie aux disquaires, aux maisons de disques, aux stations de radio, et bien évidemment aux magazines et aux sites Internet, on remarque que cette catégorisation des genres peut être facilement discutable. Et s'il y a un domaine où cet état de fait est évident et plus problématique, il s'agit effectivement du monde de la musique électronique.

Au fil du temps, tous les genres musicaux se sont fragmentés, ont fusionné et évolué pour créer de nouveaux styles. La Dance, de son côté, s'est embarquée dans une quête incessante et bornée du 'nouveau son'. La première raison que l'on puisse avancer est que la Dance Music est intimement liée aux avancées technologiques qui ne cessent de débarquer sur le marché et qui guident ses pas. L'autre raison valable reste que les producteurs de Dance music, les DJs et les fans du genre sont de nature curieuse et se lassent facilement de ce qu'ils ont. Constatons que ces changements n'ont jamais faibli depuis l'avènement de l'Atari et de l'Akai S950.

On peut même affirmer que le rythme de ces changements s'accélère. Rien que ces dernières années, personne n'a pu échapper au phénomène. Aux États-Unis, il y a eu l'explosion du Dubstep ; la folie Glitch ; Chase And Status qui ont été programmés à l'affiche du plus grand festival de Métal, le Download ; Baauer s'est même vu consacrer un article complet dans The Sun pour son Harlem Shake ; et presque toutes les semaines, nous assistons à une émergence de nouveaux titres qui cassent toutes les règles et qui emportent la Dance Music vers des horizons encore inconnus.

Complextro, Moombahton, Moombahcore, Post-Dubstep, Future Garage, Afro-Bass, Drumstep, Trap, Trapstep, Brostep, Metalstep… la liste des genres est incroyablement variée et parfois bizarre, mais voilà, c'est dans cette quantité impressionnante de sonorités modernes que l'on trouve la Bass Music.

Une définition floue

Vous vous en douterez, il est extrêmement difficile de définir chaque son qui naît de cette folie. Même les genres les plus communs comme le rock ou la pop ont besoin de cette 'souplesse artistique'. Alors ? Qu'en est-il de la Bass Music ? Comment définir un courant musical qui puise ses racines dans un paysage musical aussi vaste ?

"Si vous demandez à 50 personnes de définir ce qu'est la Bass Music, vous obtiendrez probablement 50 réponses différentes", nous dit Ben Hall, moitié du duo anglais de production/remix/Djing Delta Heavy. "Je pense qu'on peut le voir comme un terme générique qui englobe plusieurs genres de Dance Music ayant tous un point en commun : la prédominance de la basse."

"Des tas de sons différents et de variétés de styles liés à la basse sont soudainement apparus ces dernières années sur les dancefloors du monde entier. Je pense que l'industrie du disque a alors voulu trouver une appellation qui allait englober tous les styles."

"Si vous demandez à 50 personnes de définir ce qu'est la Bass Music, vous obtiendrez probablement 50 réponses différentes." Ben Hall, Delta Heavy

"A cause de toutes ces appellations et des BPMs (Beat Per Minute), beaucoup de gens ont perdu le fil. Je suis souvent tombé sur des personnes aux États-Unis qui pensaient que la Drum n' Bass était une version accélérée du Dubstep !"

"Pour être honnête, je pense qu'avoir accès à tous ces styles est à la fois excitant et inspirant. Faire toujours la même chose ou rester fidèle à un seul genre est inconcevable avec Delta Heavy. Je trouve bien plus rafraîchissant de pouvoir élargir son champ d'action pour toucher son public de différentes façons."

L'un des exemples les plus parlants de ce nouveau mélange des genres est le Moombahton, apparu en 2009 avec Dave Nada. Il a ralenti le tempo du titre Moombah d'Afrojack de 128bpm à 108bpm. Ainsi, Moombah remanié à la Reggaeton a donné le Moombahton!

Mais ça ne s'arrête pas là : si vous ajoutez des samples soul, vous obtenez du Moombahsoul ; en le mixant avec du Breakcore, vous faites du Moombahcore.

"Certaines personnes du monde de la Dance sont très attachées à ces étiquettes", ajoute Ben Hall. "Nous avons eu quelques commentaires haineux sur Internet… 'Pourquoi faites-vous du Dubstep ? Vous êtes sur le label RAM alors vous êtes censés jouer de la Drum n' Bass'. Mais bon, je pense qu'ici nous avons affaire à une infime minorité de nos auditeurs."

Ben hall delta heavy

Ben Hall du groupe Delta Heavy.

"Ce qu'il s'est passé ces derniers 18 mois est que les artistes ont commencé à piocher des sons dans tous les styles. Tu peux ainsi retrouver des sons de Drum n' Bass dans de la House à 128bpm. Puis tu as les trucs à 110bpm mélangé avec du Trap. De manière soudaine, les DJs ont commencé à jouer et mixer tous ces genres en live durant le même set."

"Je me rappelle du moment où, en 2010, Sub Focus a sorti un remix du titre Hold On de Rusko. C'était la première fois que quelqu'un sortait une chanson à un tempo Drum n' Bass, mais en half-time (division de la mesure en deux, ndj). Généralement, on a la caisse claire sur les temps 2 et 4, mais sur ce titre, on la retrouve sur le 3ème temps… comme dans le Dubstep. A cette période, c'était révolutionnaire. Aujourd'hui ça ne l'est plus, tu retrouves ce type de son partout."

"Il suffit de jeter un oeil à l'affiche de l'Ultra Festival de Miami de cette année pour se rendre compte à quel point la Dance Music est devenue populaire. Delta Heavy partage l'affiche avec Andy C (Drum n' Bass), et Porter Robinson (Électro House progressive). Le public n'a plus aucun problème avec ce mélange éclectique !"

Était-ce absolument nécessaire de donner ce nom de 'Bass Music' à ce nouveau son qui englobe tous les styles ? "Je n'en ai aucune idée", sourit Hall. "Mais ça nous a certainement bien simplifié la vie !"

De l'autre côté de l'Atlantique

Cela est certainement vrai, mais comme Hall le reconnait, il y a toujours de grandes divergences stylistiques entre le Royaume-Uni, berceau de la Bass Music, et les États-Unis où cette musique est actuellement numéro 1 des ventes sur leur marché.

Il n'y a rien de surprenant là-dessous. Au Royaume-Uni, la Bass Music a pris le temps de mûrir à son propre rythme et d'évoluer lentement mais sûrement depuis l'éclosion de la Drum n' Bass, s'agrémentant de Dubstep, de UK Garage, de Grime, d'Électro et ainsi de suite.

Pendant ce temps, le succès de la Drum n' Bass peine à trouver son public aux États-Unis. Lorsque des mecs comme Skream et Rusko ont finalement réussi à implanter le style là-bas dans le mainstream en 2009/10, grâce à des remixes de La Roux ou Kid Sister, le son a radicalement changé. On peut le voir d'une autre façon, comme nous l'explique le Canadien DJ Datsik: "Le Dubstep est devenu le style de base du nord des USA avec des basses ultra puissantes et un côté agressif. Il existait évidemment déjà des groupes comme Prodigy et The Chemical Brothers, mais le Dubstep a suscité des réactions différentes. Les gens se demandaient carrément : 'Mais merde, c'est quoi ce putain de mélange ?'"

"Le public s'est retrouvé face à une addition étonnante de Hip-Hop, de Break, de Drum n' Bass et de lignes de basse hyper lourdes : personne n'avait jamais osé le faire auparavant. Au contraire de la Drum n' Bass, le Dubstep s'est vraiment bien implanté sur le sol américain. La scène Électro aux États-Unis est devenue bien plus importante qu'elle ne l'était à l'époque de Firestarter (titre de Prodigy sorti en 1996, ndj)."

"Ce qui a probablement fait la différence est que le Dubstep a été diffusé sur les ondes des radios les plus populaires. Cette médiatisation a été l'élément déclencheur pour le développement de ce que l'on appelle aujourd'hui la Bass Music, et ce changement fut aussi important que l'émergence du Punk dans les années 70. Le Punk était une vulgarisation du Rock, et le Dubstep une bâtardisation de l'Électro."

Alors que la Bass Music a infusé au Royaume-Uni pendant plus de 20 ans, il n'aura fallu que quelques années pour qu'elle ne s'empare du marché de la musique électro aux États-Unis. Ces changements radicaux et surtout soudains ont eu un impact direct sur la création d'un nouveau son, taillé sur mesure pour correspondre aux goûts d'un tout nouveau public.

"D'abord, le public était beaucoup plus jeune au nord de l'Amérique," se souvient Datsik. "On pouvait les surnommer les "candy ravers" (teufeurs bonbon, ndj). Il y avait certainement pas mal de bâtons fluos dans les salles."

"La musique n'était alors pas aussi sophistiquée qu'elle ne l'était au Royaume-Uni," réplique-t-il. "Le Dubstep en Angleterre est né dans un milieu underground. Le public était un peu plus cool, pas si excitable. Mais les États-Unis ont zappé ce processus et l'esprit avant-gardiste, et ont littéralement foncé dans la mode des énormes soirées. Le Dubstep est devenu du Dubstep de soirée, d'où provient le qualificatif Brostep [un terme que des musiciens comme Rusko ont rapidement évincé de leur vocabulaire]."

"D'abord, le public était beaucoup plus jeune au nord de l'Amérique," se souvient Datsik. "On pourrait dire que c'étaient des 'candy ravers' (teufeurs bonbon, ndj). Il y avait certainement pas mal de bâtons fluos dans les salles." DJ Datsik

"Je ne pense pas que les commerciaux de l'industrie de la musique américaine ont véritablement compris ce qu'était le Dubstep au départ. Mais ils savaient qu'en apposant le terme Dubstep sur les affiches d'une soirée où pour définir l'un de leurs artistes, ils s'assureraient ainsi de trouver un public. Comme on pouvait s'y attendre, la facette commerciale de l'industrie a rapidement su faire fructifier ce phénomène Dubstep et toute la scène émergente de la Bass Music."

Pour le vérifier, il suffisait de jeter un oeil aux affiches des festivals les plus lucratifs des États-Unis. En effet, certains diront que face au succès toujours croissant de ces nouveaux sons dans les festivals, l'industrie du disque américaine a dû prendre connaissance de cette facette de la musique et réagir rapidement. Presque tous les weekends, il y avait 50.000 jeunes qui déboursaient près de 300$ pour un ticket de festival aux États-Unis. On a estimé à 300.000 personnes le nombre de spectateurs présents à l'Electric Daisy Carnival de Las Vegas en 2012 ! Alors qu'à cette période l'industrie du disque devait faire face à de sérieux problèmes financiers causés par la chute des ventes d'albums due au piratage, cette nouvelle branche de sons étranges allait devenir leur nouvelle poule aux oeufs d'or.

Et puis Skrillex est apparu dans ce nouveau paysage musical. "Il est l'unique responsable de l'explosion massive qu'a connue le Dubstep aux États-Unis," se rappelle Hall. "Il a pris la formule du Dubstep - celle qui est née à Croydon (une ville de la banlieue de Londres, ndj) - qu'il a mixée avec des basses sombres et violentes, puis il a ajouté des voix hachées et des accords tenus. Lorsque l'on évoque la Bass Music, il faut absolument faire référence à son EP Scary Monsters and Nice Sprites. Sa sortie est une étape marquante de la démocratisation du style. Il l'a popularisé partout aux États-Unis puis dans le reste du monde."

Le temps de la basse

Voilà où nous en sommes aujourd'hui en 2013. En l'espace de trois courtes années, la Bass Music s'est propagée bien au-delà des bases du Dubstep, en incorporant ici et là des milliers de sons, jouant sur différents tempos, intégrant de nouvelles attitudes et faisant place à une nouvelle génération d'artistes. Mais pouvons-nous répondre à la question que nous nous posions au départ : 'Qu'est-ce que la Bass Music ?'

"Ce que l'on peut affirmer au sujet de la Bass Music, c'est qu'il y a juste différents tempos", nous dit Josh Gard, le producteur/DJ américain du Midwest, plus connu sous le nom de Figure. "Ce n'est alors pas étonnant de constater que tout est construit autour de la ligne de basse. Aujourd'hui, on soigne plus cette partie que les paroles. Elle se suffit à elle-même et est devenue l'élément central d'un titre".

"En prenant la basse comme point de repère, on peut faire ce que l'on veut, et c'est ça qui est si plaisant avec la Bass Music. On peut ensuite l'agrémenter de tout et n'importe quoi ! Mes morceaux partent parfois dans des trucs totalement atonaux, ou j'ajoute des accords de pianos hachés ou des samples de film. Parfois, je n'utilise pas de sample du tout, et à quelques occasions, je ne place aucun accord ! Je garde juste la ligne de basse."

"Aujourd'hui, on soigne plus la ligne de basse que les paroles. Elle se suffit à elle-même et est devenue l'élément central d'un titre." Josh Gard, alias Figure

"Beaucoup de personnes font référence au son très agressif de la Bass Music. Mais encore une fois, ce n'est pas ce qui définit le genre. Si ça peut servir à une chanson, ok, si elle n'en a pas besoin, pas de soucis. Certaines tonalités et modulations peuvent aider à donner une ambiance au morceau et à le guider dans des choix sonores. Bien évidemment, j'aime les sons agressifs, mais il y a des moments où il faut savoir s'en passer pour mieux retranscrire le groove."

Pour Ben Hall, la Bass Music se caractérise par la mise en abîme des basses fréquences. "Si l'on prend le cas de la House ou de la Techno, la fréquence la plus basse que l'on puisse entendre est celle de la grosse caisse qui se situe aux alentours des 50-60Hz. Si l'on prend la Dubstep ou la Drum n' Bass d'où vient la Bass Music, la fréquence de la grosse caisse est de 100Hz, et en dessous on trouve les infrabasses. Voilà ce qui distingue la Bass Music des autres styles."

Bien sûr, il ne manque pas d'infrabasses dans les titres de Skrillex, mais comme le mentionnait Ben Hall précédemment, Skrillex a aussi introduit des sons bien distincts basés sur les moyennes fréquences.

"Ainsi, la perception de ce qu'était une ligne de basse a changé", nous explique Tim Cant, le producteur de Drum n' Bass. "En effet, le Dubstep se base sur les très basses fréquences, mais ce que nous considérons être de la Bass Music aujourd'hui emploie une ligne de basse sur toutes les fréquences du spectre. Elle est jouée au niveau des très basses fréquences, mais aussi à l'octave supérieure pour donner l'impression de sonner quasiment comme un son lead. La ligne de basse devient ainsi l'élément central de la chanson."

Les changements apportés aux fréquences dans les lignes de basse ont indéniablement changé le son général de la Bass Music. Certaines personnes ont cru que ces riffs hurlants bourrés de distorsion étaient de la guitare, ce qui a eu pour effet d'attirer un public plus large dans le monde entier, et notamment les fans de rock habitués aux sonorités de l'Électronica grondante de Nine Inch Nails et Pendulum.

Il n'aura pas fallu longtemps pour que le terme générique de Bass Music accueille des nouveaux termes comme le Metalstep, élégamment décrit dans l'Urban Dictionnary (dictionnaire des néologismes d'Internet et de la rue, ndj) comme 'Un putain de méchant mélange de Dubstep et de Métal. Réputé pour faire se recroqueviller de trouille le faible et l'auditeur novice tremblant face au triomphe retentissant du genre jusqu'à en imploser dans leur néant.'

Comme Lorin Ashton, alias Bassnectar, l'a mentionné dans Computer Music l'année dernière, "Alors que la première vague de Dubstep ressemblait plus à du 2-step/Garage, quand la deuxième vague a débarqué, j'ai pensé, 'Mais, ça sonne comme du Doom (style de Métal, ndj) !'. Inconsciemment, j'ai commencé à faire la distinction entre les deux genres. Ce sont mes oreilles qui ont fait le rapprochement."

Le Dubstep et la Bass Music ayant été poussés aux extrêmes avec succès, il a été naturel de voir les producteurs commencer à expérimenter dans tous les styles et avec tout logiciel et instrument à leur disposition. De la même manière que Le Sacre Du Printemps de Stravinsky ou que le morceau hybride jazz/classique Rhapsody In Blue de Gershwin ont ouvert les portes du modernisme au siècle précédent, les producteurs et DJs ouvrent la voie de la musique du futur, une musique qui semble ne plus avoir de limite ni de barrière.

Si l'on revient jeter un oeil de notre côté de l'Atlantique, des producteurs comme Doctor P, ou comme l'Australien Rob Swire (Pendulum/Knife Party) aujourd'hui basé à Londres, ont aussi créé des sons avec des synthés chainsaw (oscillateur avec une forme d'onde réglable, ndj), des bruits, de la distorsion, le tout dans une ambiance Dubstep/Électro très sombre. De la même manière que Skrillex a apporté de l'agressivité à la Dubstep, Swire a durci le ton de l'Électro.

"Ces dernières années, cela est devenu le son typique de la Bass Music", nous dit Tim Cant. "Il suffit d'écouter Big Boss de Doctor P. Au lieu d'essayer de devenir des virtuoses des instruments, les producteurs essaient plutôt de repousser les limites sonores des synthés, des logiciels et effets de traitements du signal, pour sortir le son le plus crade ou le plus monstrueux."

La montée en puissance de la Bass Music est telle que tout nouveau beat ou nouveau son se bouscule déjà pour faire sa place sur les dancefloors. "Depuis près d'un an, les choses ont commencé à changer", raconte DJ Datsik. "Le public américain commence à se lasser de ces sons très brutaux [Rusko, le pote de Datsik, décrit le Brostep comme 'quelqu'un qui te hurle en pleine gueule pendant une heure' !] et a commencé à se pencher sur des sonorités plus travaillées."

On passe à la Trap(pe)

Actuellement aux États-Unis, ceux qui font les modes ne parlent que du Trap. Le Trap est un style de hip-hop sudiste épuré qui existe depuis 10 années déjà, mais sans avoir percé dans le monde de l'Électro. Au final, il a été difficile d'ignorer les rythmes découpés et minimaux et les basses généreuses du Trap, surtout après le succès de titres comme Higher Ground de TNGHT, ou I Don't Like de Chief Keef.

Baauer

Baauer au Coachella festival de 2013. (© MARIO ANZUONI/Reuters/Corbis)

"Le Trap a simplement réintroduit les sons minimaux d'origine dans le Dubstep", explique DJ Datsik. "On joue avec des beats un peu plus posés (cymbales syncopées et grosses caisses de la 808), qui viennent du Trap mais qui ont été combinés avec les sons plus mordants du Dupstep."

"L'éclosion du style Trap signifie qu'un nouvel élan est donné à la Bass Music, mais induit également l'arrivée de subtilités supplémentaires. Une fois n'est pas coutume, le Trap fait le voyage des États-Unis vers le Royaume-Uni. Dans l'histoire de la Bass Music, le cheminement a généralement été inverse, preuve que la scène américaine mûrit et gagne en confiance. Peu importe la raison, le Trap est en passe de devenir le nouveau courant phénomène de 2013 !"

"S'il nous est difficile d'analyser ces trois dernières années riches en rebondissements, c'est parce que la Bass Music ne se repose jamais sur ses acquis."

Harlem Shake, l'hymne Trap de Baauer, s'est vu consacrer un énorme article dans le journal The Sun. Ce succès est également dû au buzz créer par les parodies faites par des milliers d'internautes sur YouTube. On compte près de 10 millions de clicks pour le Harlem Shake ! Comme le souligne Datsik, le Trap est en effet le style qui perce en 2013. Mais peut-être que la question que nous devons nous poser est la suivante : que sera la Bass Music en 2014 ?

S'il nous est difficile d'analyser ces trois dernières années riches en rebondissements, c'est parce que la Bass Music ne se repose jamais sur ses acquis. Alors que nous écrivons cet article, des mélanges de styles se créent et il en résultera certainement de nouveaux beats insoupçonnables, samples, étiquettes, genres ou tempos. Et ce mélange de sons d'horizons différents risque bien de créer une musique nouvelle et excitante.

C'est certainement la meilleure façon de décrire ce qu'est la Bass Music. Elle n'est pas fidèle à un seul genre ou à un seul son, et elle ne le sera jamais. Elle puise son inspiration dans différentes formes de musique, puis de ces nouvelles formes naissent de nouveaux sons. La Bass Music change continuellement de direction, façonnant ainsi des grooves aux multiples facettes. La seule chose que nous pouvons affirmer au sujet de l'avenir de la Bass Music est qu'il nous est impossible de prédire comment elle sonnera.

Retrouvez de nombreux tutos sur la Bass Music et des conseils pour l'achat de logiciels dans le dernier Computer Music Special 59 - Bass Music Production Guide. Déjà disponible.

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