L'Histoire De La Basse Electrique /3 : l'Episode Britannique

Dans les années 1950, entrer dans un magasin d'instruments de musique constituait une expérience bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. La majorité des instruments en vente étaient des instruments d'occasion, et le choix était limité.

La plupart des guitares possédaient un corps acoustique, dont certains avec micros, et on pouvait trouver quelques solid bodies, mais rarement des basses. Aucunes guitares Fender ou Gibson en expo. Aucunes guitares américaines en fait, l'embargo commercial entre l'Amérique et la Grande-Bretage étant encore de rigueur quelques années à peine après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Acheter une guitare américaine en Grande-Bretagne était du coup de l'ordre de la mission impossible.

C'est pourquoi la Stratocaster d'Hank Marvin, qu'un ami militaire de Cliff Richard ramena d'en Angleterre, fut une immense révélation pour les joueurs adeptes inconditionnels de la culture rock qui émergeait chez nos potes britanniques. Le pays se trouvant toujours dans l'étau des restrictions économiques, la plupart des guitares et des basses disponibles venaient alors d'Europe, et deux noms qui se démarquaient des autres : Hofner et Framus.

Ces deux marques n'étant pas des novices en matière de lutherie, leur qualité de fabrication était bonne. Les modèles de basse les plus populaires à l'époque étaient la Framus Star Bass (voir photo ci-dessus à droite) et la Hofner 500/1, ou Violin Bass (celle de McCartney du temps du Cavern Club) comme elle est le plus souvent appelée, toutes deux étant apparues en 1956.

Jet Harris jouait de la Framus au sein de The Drifters et The Shadows, Licorice Locking au sein des Wildcats, Heinz Burt, qui travaillait pour le producteur Joe Meek puis qui fit partie du groupe The Tornadoes, en jouait aussi, tout comme John Gustafson pour the Big Three et le bassiste des Rolling Stones, Bill Wyman.

Les premières Star Bass arboraient une plaque de protection en métal chromé, que Licorice Locking évitait de toucher quand la guitare était branchée. « Au cas où », disait-il ! Quant aux Hofner, elles étaient très populaires auprès de plusieurs groupes de Liverpool, la 500/1 étant vite rejointe par une gamme de modèles hollow body.

Bien sûr, la célébrité de la Violin Bass est liée à celle de Paul McCartney, mais au tout début de la carrière des Beatles, Stu Sutcliffe jouait d'une basse Hofner 333 avec simple cutaway, reprise par Paul McCartney quand celui-ci se mit à la basse, et avant qu'il n'acquière son propre instrument. Les basses n'étant pas monnaie courant en ce temps-là, leurs cordes coûtaient cher et Sutcliffe remplaçait celles qui lâchaient par des cordes de piano.

D'autres instruments faisaient également l'objet d'une importation importante, et ce par le biais de la Rosetti Distribution dont ils portaient le logo : les instruments de chez Egmond. Mais malgré la popularité de leurs guitares Lucky 7 et Solid 7, leurs Bass 7 avec micros doubles ne remportèrent pas du tout le même succès.

Burns

La Grande-Bretagne, quant à elle, triomphait aussi avec les guitares et les basses Burns-Weill, nées de la collaboration, en 1959, du légendaire Jim Burns avec Henry Weill : Jim s'occupait des corps et des manches et Henry bidouillait l'électronique.

Ce fut un partenariat de courte durée, d'un an environ, mais qui vit trois modèles différents de guitares et de basses apparaître sur le marché : la Fenton, la Streamline et la Super Streamline, la longueur d'échelle de chaque modèle de basse étant de 75 cm (29,5 pouces).

A l'approche des années 1960, Jim Burns fabriquait ses guitares et ses basses sous son propre nom pendant qu'Henry continuait sa production sous la dénomination de Fenton Weill, incorporant le nom de ce premier modèle de guitare. Il donna un nouveau look à la Streamline et la baptisa 'la Contrabass'. Jim, quant à lui, produit de nombreux modèles de guitares différents, la plupart offrant également une version basse.

Il y eut tout d'abord l'Artist Bass, qui s'inspirait des basses Fender dorénavant disponibles en Grande-Bretagne mais beaucoup trop chères pour le marché des amateurs et des semi-pro. L'Artist possédait un corps à double pan coupé, une nouvelle échelle de longueur de 80 cm (31,5 pouces) et une paire de micros Tri-Sonic Bass.

La Sonic Bass, d'une échelle de longueur plus courte et de taille bien plus petite, débarqua ensuite sous les projecteurs. Elle fut suivie de la production d'une succession de modèles classiques alors que les Sixties battaient leur plein, et ce malgré la constance de la compétition en provenance des Etats-Unis. La Black Bison Bass et la Vista Sonic apparurent en 1962 ; la basse hollow body TR2, avec son circuit innovateur de préampli en 1963 ; la Jazz Bass, la Shadows Bass et la Nu-Sonic Bass en 1964, et la Basse Vibraslim vers 1965.

Amplificorama

La mission qui consistait à trouver un système d'amplification était alors une tâche aussi difficile que de dénicher une guitare basse, les modèles de basse constituant vraiment une denrée rare. Vers le milieu des années 50, le génie de l'électronique, Charlie Watkins, avait commencé à produire des amplificateurs, et dès 1956 trois modèles étaient disponibles : le Clubman, le Dominator et le Westminster.

Comparés aux standards actuels, ces amplis ressemblaient plutôt à une ébauche, mais ils étaient bien faits et à un prix relativement décent. Malheureusement, ils n'étaient pas très adaptés à la basse. Les amplis Selmer étaient également très populaires en Grande-Bretagne à ce moment-là, et on pouvait les trouver dans leur prestigieuse boutique de Charing Cross Road, à Londres.

Au départ, l'entreprise avait commencé par importer des amplificateurs fabriqués aux USA par Operadio Company, mais en 1935, elle commença à les fabriquer elle-même. En 1947, elle racheta RSA amplification afin de s'agrandir et se mit à produire le combo Truvoice au milieu des années 50.

Hank et Bruce, des Drifters/Shadows, les utilisaient, tandis que Jet possédait un ampli basse stack Pepe Rush, fabriqué tout spécialement, en attendant l'arrivée de la Vox Amplification conçue par Dick Denney et fabriquée par Jennings Musical Industries.

Le groupe commença à utiliser le Vox AC15 pour guitare et basse, mais quand les hurlements des fans devinrent trop forts, le besoin de puissance s'accrût : le Vox AC30 fut développée et une légende naquit sur le sol britannique. Le AC30 offrait également une version basse qui incluait un circuit légèrement modifié et des enceintes plus puissantes.

Mais pour le bassiste moyen du coin, ces amplis restaient chers. Du coup, il n'est pas étonnant que, durant l'époque Skiffle des années 50, les bassistes se soient vus contraints de fabriquer la contrebassine. Licorice Locking en jouait quand il faisait partie du groupe The Vagabonds, mais c'est Jim Rodford (plus tard membre des célèbres groupes Argent et The Kinks) qui était le vrai virtuose de la contrebassine. Dans la plupart des cas, ça ne donnait en fait qu'un son lourd, sourd et dépourvu de toute musicalité, mais qui ajoutait malgré tout une touche au son d'ensemble.

La guitare basse poussa des bassistes comme Mo Foster à fabriquer leur propre matériel de musique en suivant les conseils du magazine Practical Wireless. Mais pour beaucoup d'entre nous, la route de la facilité, une solution banalisée, s'appelait Linear Conchord Amplifier et s'accompagnait d'une enceinte associée faite maison.

Avec les années 60 bien entamées et la pop music confortablement installée dans la vie de tout un chacun, le marché de la basse était dominée par le matériel américain, et mêm si les prix étaient plus élevés que les prix européens ou que le coût des instruments équivalents faits maison, ce matériel possédait le look, le feeling et le son qui séduisaient le plus.

Cette période s'est en fait révélée être une phase intéressante pour le matériel musical en Grande-Bretagne, et beaucoup de ces guitares, basses et amplificateurs d'origine sont maintenant devenus des objets de collection. Dans le cas de la Violin Bass de Hofner, et même de son étrange Vox Phantom Bass, ce sont des instruments qui sont encore très recherchés.

Pour des infos plus détaillées sur l'histoire de la musique en Grande-Bretagne, on vous conseille le très bon livre de Mo Foster, British Rock Guitar.


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