L'Histoire De La Basse Electrique /2 : Dans le sillage de Fender

Malgré les standards qualitatifs élevés établis par Fender pour la conception de la Precision, sa production était relativement limitée durant les années 1950. Quand Fender a sorti la Stratocaster, la basse s'est vu donner une nouvelle forme dans son contour, bien plus confortable que celui de l'originale dont les bords étaient plus anguleux.

Cette étape de conception, connue sous le nom de 'P-Bass Transitionnelle', a eu lieu vers la fin des années 1953/54 et a contribué à maintenir l'intérêt des musiciens pour cet instrument. Cependant, les autres fabricants américains, qui n'avaient aucunement l'intention de laisser Fender s'approprier le monopole du marché de la guitare basse, se sont empressés de s'approprier une part de ce nouveau créneau commercial.

Gibson

Bien établi dans le domaine de la guitare électrique archtop, Gibson s'était mis à produire la Les Paul. Aussi la sortie de leur première basse robuste à table sculptée en forme de violon, l'Electric Bass a provoqué la surprise à l'occasion de son lancement en 1953.

Plus courte que la Precision, cette basse électrique possédait un manche collé et un énorme micro humbucker placé près du manche qui lui assurait un gros son chaud qui ne ressemblait pas vraiment à celui de Fender. Il lui a fallu du temps pour s'affirmer sur le marché, certains modèles étaient décorés d'ouïes peintes et comportaient un liserai le long du corps tandis que d'autres conservaient leur look naturel mais la structure qui incorporait un bouton de sangle extensible assurait une position de jeu verticale.

C'était une stratégie intelligente pour permettre aux joueurs traditionnels de s'adapter progressivement à ce changement. Toutefois, Gibson eut plus d'impact en 1958 avec sa basse EB-2, une semi-hollow thinline avec de vraies ouïes en f. Comme l'Electric Bass, elle possédait à l'origine des mécaniques de style banjo inclinées vers l'arrière, ainsi que le même micro humbucker, un chevalet / cordier unique et un switch de tone.

Jimmy Page l'utilisait à l'époque où il a intégré les Yardbirds comme bassiste, bien que la sienne était, en fait, la dernière version, dotée des potards standards que nous connaissons aujourd'hui. Les dernières têtes de type banjo sont apparus sur la basse EB-0 en 1959. Une basse moins chère (comme le 0 de son nom l'indique), elle est à l'origine du changement de nom de l'Electric Bass originale, plus chère, qui devint alors la EB-1 lorsqu'elle fut réintroduite sur le marché en 1969. Cette dernière, qui comportait un système électronique basique et un corps d'un bloc avec double cutaway, tira profit du succès de la Les Paul Junior.

Rickenbacker

Rickenbacker, à ce moment-là, avait également commencé à tâter le terrain. Ses premières guitares et ses premières basses arboraient un micro double en forme de fer à cheval qui avait été développé bien longtemps auparavant, dans les années 1930, par le joueur de steel guitar George Beauchamp.

Ce micro a tout d'abord été utilisé sur le prototype de la guitare 'Frying Pan', conçue par George Beauchamp lui-même et par Harry Watson, un ancien artisan de l'usine National Guitars où il avait fait ses armes. L'ami de Beauchamp, Adolph 'Rick' Rickenbacker, possédait la somme d'argent et des moyens nécessaires pour effectuer la production de la 'guitare'. Quant au micro, il fut ajouté quand la première basse Rickenbacker, la 4000, a fait son apparition en 1957.

C'était un instrument au look superbe, son corps plein à l'allure de crête de vague lui donnait, tout comme à la Fender, un aspect futuriste. Cette guitare arborait aussi un manche traversant, ce qui, à l'époque, se traduisait par l'apparition d'une large bande sur le corps de ces premiers modèles et donnait à la tête dites 'jigsaw puzzle' (pièce de puzzle) une apparence encore plus spectaculaire.

Avec le micro unique de type 'horsehoe' et le chevalet/cordier chromé qui dominaient le corps, l'échelle de longueur de cette Rickenbacker se rapprochait des normes de la Precision. Quant à la plaque de protection, elle était à la base en plastique doré, bien qu'elle soit vite devenue blanche pour suivre la norme.

L'un des premiers artistes à adopter la 4000 a été le bassiste de Ricky Nelson, James Kirkland. Ricky ayant convenu d'un marché avec Rickenbacker, le choix était une évidence pour James. La première fois qu'il eut l'occasion de jouer de la 4000 sur le radio show Grand Ole Opry, l'évènement a fait beaucoup de bruit : "J'ai quasiment fait péter les tympans de l'ingé' son parce qu'il ne s'attendait pas à une telle force de son. Ils ont tous essayé de m'empêcher d'en jouer".

Mais James réussit à en jouer malgré tout, et la guitare basse fit alors son entrée sur scène. Elle n'était pas prête de la quitter de sitôt. La 4001 fut introduite en 1961 avec l'avantage d'être équipée d'un second micro, plus petit, avec un dessus de type 'toaster'. La touche palissandre arbore alors des marqueurs de position triangulaires en Perloïd plus stylés que les simples pois de la 4000. L'ensemble de l'instrument portant par ailleurs un liseré de bord élégamment appliqué.

Cette basse avait un look d'enfer, mais elle produisait surtout ce grondement de basse caractéristique de la Rickenbacker, et elle allait faire l'objet d'expériences et d'effets splendides dans les années 60. Pendant tout ce temps, un autre son de basse commençait à se faire entendre aux Etats-Unis.

Danelectro

En 1954, la Danelectro Company de Nat Daniel a commencé à fabriquer des guitares électriques moins chères destinées à être vendues dans les magasins de la chaine Sears Roebuck, un grand nombre d'entre elles sous l'appellation Silvertone. Et en 1956, Danelectro s'est aventuré sur le marché de la basse avec la toute première basse à 6 cordes !

La U2, une semi-hollow à simple pan coupé était en fait une guitare aux cordes plus épaisses et à la tonalité plus basse. On l'entendait sur beaucoup d'enregistrements de l'époque, notamment sur ceux des Everly Brothers et de Duane Eddy.

En 1958, Danelectro produit la Longhorn 4423, une basse 4 cordes d'une échelle de 33,5 pouces (85 cm) encore plus insolite que le reste de la gamme. Tout comme les guitares Danelectro, elle était fabriquée sur la base d'une structure creuse en Isorel, mais le look symétrique et allongé de son double pan coupé avait tendance à retenir l'attention.

Une paire d'infâmes micros Lipstick et deux potards concentriques qui la faisaient ressembler à un instrument tout droit sorti de la mythologie grecque, cette basse sonnait du tonnerre ! Jack Bruce et John Entwistle se servaient de basses Longhorn pour leurs performances au sein de Cream et de The Who dans les années 60.

Extra Precision

Avec un tel bouillonnement du marché de la guitare et de la basse tout au long de cette remarquable décennie, Fender a décidé de se pencher une fois de plus sur sa basse Precision. La firme a créé ce qui est aujourd'hui la version définitive de cette basse : la tête a été élargie pour des raisons de sonorité (la forme de la tête de type Telecaster élargie engendrait des dysfonctionnements sonores sur la cordes de Mi) et rappelait la Stratocaster. Les caches micros ont pris une nouvelle forme, les potards et la prise jack ont été montés sur la plaque de protection. Mais le changement le plus important sur cette basse a été l'ajout d'un impressionnant micro de type split-coil (offrant la possibilité de passer d'un micro double à un micro simple via le même micro) .

Cette conception décalée permettait de mettre en évidence les bobinages individuels destinés d'une part aux deux cordes du bas, et d'autre part aux deux cordes du haut, avec chaque corde qui vibrait entre une paire de pièces à pôles. Résultat : un son bien plus gras que celui des versions précédentes et une clarté du son universellement appréciée. C'est exactement le son de la P-Bass qu'on connaît et qu'on aime, et le son qui a figuré sur d'innombrables enregistrements jusqu'à aujourd'hui !

L'Amérique, durant cette période remarquablement courte, avait réussi à créer l'un des modèles de guitare et de basse les plus durables et les plus imités. Mais l'Europe n'allait pas rester les bras croisés durant cette décennie fabuleuse pour la basse, les années 50...

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