Billy Sheehan : mes meilleurs et mes pires concerts

Le virtuose de la basse se souvient de ses nirvanas et de ses pires moments en live

Si vous avez joué autant de concerts que Billy Sheehan - durant sa carrière, il a accumulé des milliers de performances live : avec son propre groupe, Talas, fin des années 70/début des années 80 ; en tant que membre du premier groupe de David Lee Roth ; et bien sûr avec le fameux groupe de pop-rock, Mr. Big, qu'il a co-créé - il y a des chances pour que vous ayez gardé certaines soirées en mémoire qui représentent des triomphes sans précédent, alors que pour d'autres... ce n'était pas vraiment le cas.

La superstar de la basse se rémémore un concert de festival du début des années 1990 à Santos Beach, près de Sao Paulo, au Brésil, comme un succès particulièrement retentissant. Le programme comprenait Mr. Big, les Rollins Band, The Lemonheads et deux groupes du coin qui servaient de hors-d'oeuvre. "A première vue, c'était un programme un peu étrange", se souvient-il, "mais ça a bien fonctionné, en fait."

Avant le concert, la masse du public était déjà imposante, mais alors que la journée défilait et que la nuit se profilait, Billy Sheehan jetait un oeil par ci par là depuis les coulisses et voyait qu'un flot régulier de gens continuait à se pointer tranquillement. "Le public grossissait à vue d'oeil", nous dit-il. "C'est tout-à-fait ce que vous voulez ; vous voulez qu'il y ait un public important pour le moment où vous monterez sur scène. Mais je n'en revenais pas du nombre de fans qui débarquaient. J'ai demandé à quelqu'un 'Mais putain, qu'est-ce qu'il se passe ?'. Ça commençait à prendre l'allure d'un concert énorme."

Suite à la performance des groupes autochtones, c'était le tour des Lemonheads. "Ils ont vraiment assuré", nous dit Billy Sheehan. "Le public les a appréciés ; le groupe a eu un accueil sympa, mais pas du style follement exceptionnel." Ensuite, il y a eu les Rollins. "Henry a commencé par sauter sur la scène", nous dit Billy, "mais son genou est parti trop haut dans la foulée et il se l'est pris dans le nez. C'était évident qu'il n'avait pas prévu le coup ! Il était juste super excité. Dans les secondes qui ont suivi, le sang lui coulait du nez."

Plutôt que de mettre un terme à leur performance, les Rollins ont foncé de l'avant. Billy Sheehan dit que l'adrénaline provoquée par le coup dans le nez a eu un effet énergisant sur le leader au torse nu. "Henry s'est complètement défoncé pour son jeu", nous dit-il, excité à ce souvenir. "Il n'a pas loupé une seule note et a tout donné de lui-même. J'ai adoré."

A l'heure où Mr. Big s'apprêtait à monter sur scène, le public débordait de partout. C'est à ce moment-là que le groupe a appris la raison pour laquelle ils étaient maintenant à guichets fermés : "On nous a dit que notre musique avait été utilisée par un feuilleton brésilien", nous relate Billy. "On n'en avait aucune idée, mais, du coup, tout le public connaissait nos airs et mourrait d'envie de nous entendre les jouer !"

Sur scène, notre bassiste a fait ce qu'il appelle une expérience de hors-corps. "Je ne sais pas ce qui m'est arrivé. J'ai perdu toute sensation corporelle", nous confie-t-il. "C'était comme si ce n'était même pas moi, sur scène. L'adulation du public était hallucinante. Le spectacle s'est fait quasiment tout seul. Du coup, j'ai mis le feu. Rien de ce que j'ai entrepris n'a capoté. Au contraire, tout ce que j'ai entrepris a fonctionné. On était tous à fond. C'était un concert sans précédent que je n'oublierai jamais. C'était une première extraordinaire pour les brésiliens."

Par contraste pur et dur, Sheehan nous relate une certaine soiree de 1983 à Athènes, en Grèce, qu'il aimerait pouvoir oublier. Il avait accepté la proposition du groupe britannique de heavy metal, UFO, de remplacer leur bassiste d'origine, Pete Way, qui venait de quitter le groupe à la veille de son départ en tournée. "Ce n'était pas une longue tournée", nous confie-t-il, "ce qui n'est pas plus mal parce que ça a foiré dès le départ."

Selon les souvenirs de Billy Sheehan, le chanteur du groupe, Phil Mogg, "un gars sympa la plupart du temps", avait picolé plus que de coutume, et les choses ont atteint leur apogée quand le groupe est arrivé à son hôtel d'Athènes. "On nous avait tous donné une énorme bouteille de brandy grec en cadeau de bienvenue", nous explique Billy. "C'était en début de journée, et une heure après notre arrivée à l'hôtel, je vois cette bouteille vide devant la porte de Phil. Je me suis dit 'Aïe aïe aïe !"

Ce soir-là, le concert s'est révélé être une vraie galère pour Billy, et rendue pire encore par les effets de la beuverie sur Mogg. "Phil était vraiment dans un sale état", se confie-t-il, "et j'essayais de chanter certains passages pour couvrir un peu la débâcle. Il avait son micro qui tombait pas mal sur le côté. Je me disais 'Heureusement que c'est la dernière soirée."

D'un coup, venu de nulle part, un M-80 - c'est un type de feu d'artifice illégal - a atterri sur le côté de la scène. Le boucan qu'a fait cette explosion et l'interruption qui en a suivi ont mis Mogg dans une humeur encore plus noire, et Billy Sheehan a préféré trouver refuge derrière ses amplis. "Je voyais qu'il y avait des gens qui balançaient des trucs", dit-il. "La situation se dégradait. A un moment donné, Phil est venu vers moi et m'a gueulé dans l'oreille 'Si on se fout à l'avant de la scène, on peut les avoir.' Il pensait qu'on aurait le dessus sur la foule en émeute ! Je savais bien que c'était une bataille perdue d'avance mais j'y suis allé quand-même."

Alors qu'il tentait de retourner la situation, Billy s'est pris une cannette de bière écrasée, jetée par un membre du public, dans la tête. "Ça m'a fait l'effet d'un palet de hockey pris de plein fouet", dit-il. "Ça m'a pratiquement sonné."

Complètement dans le cirage, Billy Sheehan s'est redirigé vers ses amplis et a fait appel à l'équipe de roadies pour voir s'il saignait. "Ils ont échangé des regards entre eux, du style 'Qu'est-ce qu'on fait ? On lui dit ?'", nous raconte-t-il en riant. "En fait, le sang coulait à flots de mon crâne. Je me suis démerdé pour finir le concert avec le cerveau moitié ébranlé."

De retour à l'hôtel, Billy Sheehan a fait ses valises et s'est tiré. Il a chopé un taxi et a filé direction l'aéroport. "J'étais d'humeur féroce", nous confie-t-il. "On s'est retrouvés coincés dans un embouteillage et je me suis dit 'Si je loupe cet avion, je sens que je vais commettre un meurtre !"

Peu de temps après, notre bassiste recevait un appel d'UFO lui demandant s'il serait intéressé par une autre tournée. "Il me semble que j'ai répondu quelque-chose dans le genre 'Je sais pas. Faut que je consulte mon planning.', nous dit Billy. "Ce que je n'ai jamais fait. Je crois qu'ils ont embauché un autre bassiste pour cette tournée, puis ça a été la fin du groupe pour des années à venir."

Vous Aimerez Aussi:

Autour du web:


Laisser un commentaire Facebook