Thomas Baggerman, le nouveau prodige jazz manouche hollandais

Eva Sur Seine, Thomas Baggerman Trio

Thomas Baggerman est un jeune prodige hollandais de la guitare manouche. Nous suivons son parcours de près depuis quelques années et il nous fallait en savoir plus.

Comment toi et Max [son frère - ndj] avez appris à jouer dans le style manouche ?

Ma mère m'a raconté que, très jeune, j'ai été fasciné par la musique. Après m'être essayé à plusieurs instruments comme le clavier, la batterie, je me suis mis à la guitare à l'âge de 11 ans. Je devais avoir 16 ans lorsque j'ai vu pour la première fois le trio Rosenberg jouer au Jazzfestival dans une ville qui s'appelle Den Bosch. C'était fascinant, et j'ai eu le déclic ce jour-là. À partir de ce jour, je ne désirais qu'une seule chose : jouer comme ça. Cela remonte à une dizaine d'années maintenant, et je n'aurais jamais imaginé là où j'en suis aujourd'hui !

Quelle guitare utilises-tu ?

Je joue sur une Dupont MD-50 fabriquée en 2010. J'ai essayé toutes les guitares possibles lors d'un passage à Paris, et celle-ci était celle qui me correspondait. Elle bénéficie d'une très bonne projection et la palette de fréquences est très large. Ce modèle me permet de jouer dans différents styles. Je peux jouer dans le vrai style traditionnel à la Django ou au contraire de manière plus moderne comme Biréli. Mon médiator n'est pas à la base conçu pour le jazz manouche. Je joue avec le côté d'un Dunlop Gatorgrip 1,5 mm.

Peux-tu nous présenter le projet Eva Sur Seine ?

Tout a commencé avec moi et mon frère Max. Il voulait jouer du violon ou du saxophone après avoir vu Watti Rosenberg (un violoniste hollandais), mais je lui ai suggéré de jouer de la guitare avec moi. Nous avons commencé à jouer ensemble le lendemain, et depuis, on ne peut plus s'arrêter ! On a commencé à jouer avec le contrebassiste Machiel Willemsen en 2009, si je me souviens bien.

À l'automne 2012, nous avons envisagé certaines options pour créer un nouveau projet avec le trio. Après avoir évoqué les options d'ajouter un violon ou un saxo comme ça se fait habituellement, Machiel a proposé de plutôt collaborer avec une chanteuse. L'idée nous a plu, mais il nous fallait alors trouver une chanteuse avec une voix en or, capable d'improviser, avec un bon look et avec qui l'on s'entende. Nous avons alors organisé quelques auditions, mais qui n'ont servi à rien. Un ami violoniste, Jelle van Tongeren (qui joue aussi sur le premier album du trio), nous a parlé d'Eva Scholten. La première fois que l'on a joué avec elle, on a su que c'était elle qu'il nous fallait. Elle connaissait l'harmonie, nous a montré sa plus belle voix et a directement réussi à comprendre comment jouer avec les guitares. En plus, c'est une personne géniale. C'est une de nos meilleures amies, un peu comme notre grande sœur.

Penses-tu que le public est plus réceptif au jazz manouche lorsqu'il y a une voix qui s'ajoute ?

On a remarqué qu'en général, le public comprend mieux la musique chantée qu'instrumentale. Mais d'un autre côté, il y a un public très assidu pour suivre le jazz manouche dans sa forme première. La voix n'est pas originellement liée à ce type de musique. Puis il y a d'autres personnes qui ne sont pas friandes de scat... On a obtenu de très bons retours sur le projet qui mêle jazz manouche traditionnel et voix. On prend un énorme plaisir à jouer cette fusion en live et le public semble apprécier.

Vous avez d'ailleurs joué au festival Django Reinhardt de Samois-sur-Seine. Comment s'est déroulée l'expérience ?

Jouer sur une scène ouverte à Samois a été génial ! On a joué directement après Angelo Debarre le vendredi soir. Il ne fallait pas laisser place au stress !

As-tu eu d'autres contact pour promouvoir Eva Sur Seine et le trio in France?

Je gère moi-même le booking pour Eva sur Seine et le Thomas Baggerman Trio. Au fil des années, on a réussi à se créer un bon réseau à Paris et dans le Jura. On ne travaille pas avec un label ou une agence de promotion.

Vous avez choisi de faire des reprises sur le projet Eva Sur Seine. Pensez-vous a écrire vos propres chansons désormais ?

Sur notre dernier disque, Eva, Max et Machiel ont écrit les paroles sur des titres de Django. On a apprécié que le groupe puisse s'investir ensemble de cette façon. On a plusieurs plans pour l'avenir, et enregistrer un album avec nos propres chansons est certainement l'un d'entre eux !

Est-il plus facile de jouer votre musique aux Pays-Bas ou en France ?

Ce n'est pas facile d'y répondre en quelques lignes. Cela dépend majoritairement de deux choses : le système gouvernemental et l'aspect populaire de ce type de musique dans chaque pays. En Hollande, nous n'avons pas le statut intermittent du spectacle. Cela est donc plus difficile de vivre de la musique dans notre pays. En France, le jazz manouche est ancré dans la culture musicale, et aux Pays-bas, c'est une toute petite niche et le style n'est pas encore devenu populaire. Un bon exemple serait celui de Thomas Dutronc qui a réussi à populariser le style en l'incorporant dans la pop. On n'a pas d'artiste de ce style chez nous. On ne peut donc pas se confronter à d'autres groupes, ce qui est dommage. Disons que l'on a environ 5 ou 10 groupes de jazz manouche qui tournent internationalement. En France, il y a une communauté manouche dans chaque ville ou presque, et on trouve toujours d'excellents musiciens à Paris. C'est super pour jouer et jammer, mais plus difficile pour trouver des concerts payants.

On parle d'héritage de Django avec des jeunes artistes comme Adrien Moignard, Sébastien Giniaux, Rocky Gresset, etc... Puis il y a des artistes qui émergent d'autres pays comme Gonzalo Bergara. Te considères-tu comme faisant partie de cet héritage et es-tu vu comme la personne à suivre dans le style en Hollande ?

C'est excellent de voir que le style se popularise et que de très bons musiciens arrivent à percer. Tous les musiciens dont tu parles sont des tueurs et des exemples pour moi. Je ne sais pas si les gens en Hollande me considère comme quelqu'un à suivre, car il y a d'autres très bons musiciens dont le Rosenberg Trio notamment, Paulus Schafer, Reinier Voet, etc... Mais si l'on regarde du côté de la relève, c'est vrai que l'on gagne en exposition internationale.

Eva, quels sont les artistes qui t'ont inspirée ?

Eva Scholten (chant) : C'est Ella [Fitzgerald - ndj] qui a eu la plus grande influence sur moi. La façon dont elle se sert de sa voix comme un instrument m'a profondément inspirée. Elle a une puissance incroyable et une pureté de timbre. Lorsque je dois parler swing, je pense à Nancy et à Doris Day. Aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup de chanteuses avec autant de qualités vocales !

Comment as-tu étudié la technique jazz ?

J'ai étudié le jazz dans la section chant du conservatoire d'Amsterdam. Là-bas, j'ai eu la chance d'étudier auprès de différents professeurs et de jouer dans plusieurs ensembles. Même si j'ai vraiment adoré cette période, la vraie période de professionnalisation a commencé après avoir terminé mon cursus. J'ai dû apprendre à oublier les règles pour passer à l'étape travail pro. Les membres du Thomas Baggerman Trio me poussent toujours plus loin chaque jour !

Eva sur scène !

Le public à Samois est très orienté guitare. Est-ce difficile d'imposer la voix au sein d'une formule acoustique ou, au contraire, cette particularité a-t-elle été bien accueillie ?

Entrer dans la communauté jazz manouche a été formidable. Le public est très enthousiaste et les musiciens me traitent comme l'un d'entre eux et pas seulement comme une chanteuse. Pour moi, c'est un rêve qui se réalise !


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